Prix d’histoire économique AFHÉ BNP Paribas 2015

La proclamation du « Prix d’histoire économique AFHÉ BNP Paribas » 2015 a eu lieu le 4 décembre dernier dans l’auditorium de BNP Paribas, 14 rue Bergère à Paris. Stéphane Le Bras et Julien Schoevaert, docteurs en histoire économique, ont été distingués pour leurs thèses respectives sur le négoce et les négociants en vin dans l’Hérault de 1900 à 1970 et sur les boutiques du port antique d’Ostie du 1er s. av. J.-C. au 5e s. ap. J.-C.

 

De gauche à droite : Jean Lemierre - président de BNP Paribas, les lauréats - Stéphane Le Bras et Julien Schoevaert et Cecilia d'Ercole - présidente de l'AFHÉ

De gauche à droite : Jean Lemierre – président de BNP Paribas, les lauréats – Stéphane Le Bras et Julien Schoevaert et Cecilia d’Ercole – présidente de l’AFHÉ

C’est dans un lieu symbolique – l’Hôtel du 14 rue Bergère fut le siège d’une banque ancêtre de BNP Paribas, le Comptoir national d’escompte de Paris – que Jean Lemierre, président de BNP Paribas et Cecilia d’Ercole, présidente de l’AFHÉ ont décerné le Prix d’histoire économique AFHE BNP Paribas 2015.

Il s’agit de la 3e édition de ce prix biennal fondé en 2011 par l’Association française d’histoire économique (AFHÉ) et BNP Paribas. Sa vocation est de récompenser deux docteurs de haut niveau ayant soutenu une thèse d’histoire ou de sciences humaines et sociales, dans le champ de l’histoire économique, rédigée en langue française.

A cette occasion, Jean Lemierre a rappelé le sens du partenariat de BNP Paribas avec l’AFHÉ : « Soutenir la diffusion de la culture économique et encourager la recherche afin de contribuer à une meilleure prise en compte des enjeux économiques dans les débats nationaux ou internationaux ».

Cette 3e édition s’est inscrite dans contexte particulier, celui du colloque marquant le cinquantenaire de l’AFHÉ, accueilli au ministère des Finances pour son ouverture le 3 décembre, et achevé le 4 décembre à l’Hôtel Bergère de BNP Paribas.

 

Stéphane LE BRAS, l’un des deux lauréats,  récompensé pour sa thèse intitulée :
« Négoce et négociants en vin dans l’Hérault – Pratiques, influences, trajectoires (1900-1970) », 
répond à nos questions.

 

PRIX D'HISTOIRE ECONOMIQUE AFHE BNP PARIBAS 2015Pourquoi avez-vous choisi d’explorer le monde des négociants en vins héraultais sur près de trois quarts de siècle ? Cette thématique occupait-elle une place importante dans la recherche historique ?

L’histoire viticole en Languedoc est particulièrement foisonnante, depuis les années 1900-1910 déjà. Toutefois, aucun historien ne s’était particulièrement interrogé sur la place spécifique des négociants en vins dans l’Hérault au XXe siècle. Or ceux-ci occupent un rôle fondamental : ils assurent l’écoulement de la plus grande production métropolitaine, connaissant avec précision les types et quantités de vins produits dans le département, mais également les besoins de leur clientèle, répartie sur l’ensemble du territoire national. Tout au long du siècle, les vins héraultais ou transitant par l’Hérault (depuis l’Algérie notamment) affluent dans les grands bassins de consommation (Lyon, Paris, Nord-Pas-de-Calais, Est de la France, Massif central) où ils sont consommés tels quels.

Dans d’autres régions de production (Centre, Bordelais, Bourgogne), ils sont achetés pour être coupés avec les vins locaux qui ne disposent pas de leur qualité (couleur et degré alcoolique). À cela s’ajoutent quantité de vins de liqueur, vins doux naturels ou apéritifs, confectionnés dans le département et vendus dans toute la France.

 

L’ambition de mes travaux résidait donc dans le désir de réhabiliter une figure incontournable de la filière locale qui disparait peu à peu à partir des années 1960 sous la pression des caves coopératives, de l’élan modernisateur de l’État, de la concurrence des grands groupes vinicoles ou de la grande distribution. Cette démarche était d’autant plus nécessaire que les négociants sont jusqu’aux années 1940 des notables locaux et régionaux importants, occupant des postes de prédilection et de pouvoir dans les tribunaux et chambres de commerce, les conseils d’administration de la Banque de France ou le monde associatif. Après la guerre, ils disparaissent progressivement du paysage local (hormis dans certaines villes comme Sète), laissant jusqu’à aujourd’hui une empreinte réelle, mais elle aussi en voie d’effacement.

 

Que représente ce prix pour le jeune chercheur que vous êtes ? Aura-t-il une influence sur votre évolution au sein du monde universitaire ou sur votre évolution professionnelle ?

PRIX D'HISTOIRE ECONOMIQUE AFHE BNP PARIBAS 2015Ce prix est tout d’abord une reconnaissance de la part de mes pairs. Elle est d’autant plus importante qu’elle vient de collègues spécialisés en histoire économique et de chercheurs confirmés, dont j’ai pour la plupart étudié et exploité les travaux. Elle est source d’un grand honneur et d’une certaine fierté, venant récompenser un travail – comme toutes les thèses – solitaire et parfois rempli de doutes. En outre, c’est la validation de la démarche historienne qui a toujours guidé mes travaux et mon souci de l’interprétation et de la mise en valeur d’archives diverses et variées.

C’est enfin une forme d’encouragement à poursuivre le fil des conclusions et enseignements tirés après cinq années de travaux, condensés dans un manuscrit de trois tomes et près de 1.300 pages.
Obtenir un prix est fort logiquement une source de satisfaction, mais c’est surtout l’assurance d’une visibilité certaine et d’une plus grande crédibilité dans le monde universitaire. La combinaison d’une remise en question quotidienne et d’une légitimité acquise auprès de ses collègues par l’obtention d’un prix sont deux fondements d’une carrière en adéquation avec les valeurs de rigueur, sérieux et probité.

 

 

En quoi la recherche en histoire économique peut-elle contribuer à une meilleure compréhension des enjeux et mécanismes économiques en général ?

L’histoire économique et l’ensemble des travaux qui la composent permettent de saisir les grandes inflexions et ruptures qui construisent l’histoire mondiale. Une étude attentive du passé permet de comprendre les mécanismes qui expliquent les crises, les croissances, les périodes de développement et de récession. C’est vrai dans un cadre général, par le biais de l’analyse macroéconomique, mais c’est également vrai dans l’étude plus spécifique de groupes socio-professionnels comme les négociants en vins au XXe siècle, les libraires parisiens au XIXe siècle ou les industriels lorrains pendant la Belle Époque, voire des objets d’étude encore plus ciblés telles la société Perrier ou le magasin « Au bon marché ».

Par son processus cumulatif et les enseignements du passé, l’histoire économique sert de révélateur aux grandes questions et tendances de notre époque, transformée par une profonde mutation des cadres socio-économiques depuis les années 1970 et bouleversée par les récentes évolutions de l’économie (dématérialisation des contenus ; nouveaux modes de consommation ; accélération de la mondialisation ; émergence des questions éthiques).
C’est pour cela que le soutien offert par  BNP Paribas à l’Association française d’histoire économique est fondamental dans une période où la recherche française est soumise à de nombreuses tensions, notamment en matière de financement. Ainsi, si mes premières pensées à l’obtention de ce prix vont naturellement à ma famille et à ma directrice de recherche, Geneviève Gavignaud-Fontaine (professeur d’histoire contemporaine à Montpellier-Paul-Valéry), mes plus vifs remerciements sont à destination de l’AFHE et de son partenaire, BNP Paribas.

 

Julien SCHOEVAERT, l’un des deux lauréats,  récompensé pour sa thèse intitulée :
« Les boutiques d’Ostie du Ier siècle avant J.-C. au Ve siècle après J.-C. L’économie urbaine au quotidien »,
répond à nos questions.

 

PRIX D'HISTOIRE ECONOMIQUE AFHE BNP PARIBAS 2015Pourquoi vous êtes-vous intéressé au port maritime de la Rome impériale et à son influence sur le commerce et le développement urbain du Ier s. av.J.-C. au Ve s. ap. J.-C ? Ce thème avait-il été beaucoup exploré ?

Je souhaitais à l’origine étudier les spatialités urbaines des strates inférieures de la société romaine qui sont traditionnellement abordées par le biais des sources écrites, majoritairement produites par les élites. Or, la ville, dans sa matérialité, constitue une très riche source d’informations souvent négligée. Ostie apparaissait à ce titre comme un terrain d’étude prometteur, du fait de ses nombreuses spécificités procédant de son statut d’avant-port de Rome. Il s’agit également d’un site archéologique encore trop souvent abordé par le prisme de Pompéi. Il importait donc de consacrer une étude au petit commerce et à l’artisanat de cette ville, sur la longue durée et mise en perspective de sa fonction portuaire.

La ville d’Ostie a été majoritairement étudiée dans la perspective de mieux comprendre Rome. Son rôle dans l’approvisionnement de la capitale a été largement exploré, tandis qu’elle fut souvent abordée dans son urbanisme et son architecture comme une Rome miniature. L’incidence du grand commerce sur le développement économique et urbain d’Ostie a bien évidemment fait l’objet de publications, mais un travail de longue haleine, incluant l’établissement d’un corpus documentaire élargi, était nécessaire.

 

Que représente ce prix pour le jeune chercheur que vous êtes ? Aura -t-il une influence sur votre évolution au sein du monde universitaire ou sur votre évolution professionnelle ?

Pour être honnête, je ne fais plus de recherche depuis maintenant plus d’un an. Je travaille désormais dans le domaine de la pédagogie. Sur ce point, ma situation est représentative de la condition des jeunes docteurs de ma génération pour qui les postes sont de plus en plus difficiles à obtenir. Beaucoup d’amis décrochent, faute de perspectives professionnelles. Le prix de l’AFHÉ BNP Paribas est une reconnaissance d’un travail de thèse par des historiens spécialistes. Il encourage les jeunes docteurs dans leurs travaux en approuvant leur démarche de recherche. Je suis très honoré de l’avoir reçu. Il m’incite donc à réintégrer la recherche comme composante forte de mon projet de carrière, à commencer par la reprise du travail de publication de ma thèse que j’avais laissé de côté depuis lors.

 

PRIX D'HISTOIRE ECONOMIQUE AFHE BNP PARIBAS 2015

 

En quoi la recherche en histoire économique peut-elle contribuer à une meilleure compréhension des enjeux et mécanismes économiques en général ?

Je pense que c’est l’occasion d’insister sur la notion de temps long qui permet, en ces temps si véloces, de mesurer l’ampleur des mutations économiques et leur intrication avec d’autres phénomènes qui peuvent être démographiques, urbains, sociaux, climatiques, etc… Le temps long permet de faire, face à notre époque, un pas d’écart dont on ne peut faire aujourd’hui, plus que jamais, l’économie.

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Jean Lemierre Jean Lemierre,
Président
du Groupe BNP Paribas