L’âge d’or des hold-up

Mise à jour le : 9 Jan 2026
Visuel Principal Hold Up2
Dialogue, n°103, 1993. Archives historiques BNP Paribas (PER2199309EL)

De 1970 au milieu des années 1990, la France fait face à une hausse spectaculaire des hold-up. Si la mode du braquage dégage une certaine esthétique romanesque qui a marqué cette époque, l’acte reste violent. La BNP, première banque française, se trouve aux premières loges de ce phénomène.

Les années 1970, le paradis du gangster

Foudroyant, violent et motorisé : le premier « hold-up » moderne a lieu le 21 décembre 1911. Pendant plusieurs décennies, le hold-up reste rare, d’autant qu’une loi datant de 1950 punit de mort les vols à main armée. Pourtant, au début des années 1970, les gangsters se déchaînent !

C’est un véritable phénomène de société. Presque tous les jours, un braquage audacieux fait la une des journaux. Les films de hold-up font quant à eux un carton au box-office.

Il faut dire que les agences de banques essaiment partout en France. De 1968 à 1973, environ trois agences ouvrent par jour, et s’installent le plus souvent dans des locaux peu sécurisés. Pour les sièges les mieux lotis, la BNP n’offrait par exemple qu’une alarme et des caisses rétractables.

Les braquages deviennent aussi plus violents, souvent accompagnés de fusillades ou de prises d’otages. Les drames se multiplient, parfois à cause de la résistance des employés, qui disposaient alors d’un revolver de service. La banque encourage d’ailleurs leur zèle, en récompensant publiquement les héros avec une prime au courage.

Des mesures sont mises en place, mais elles ne font pas le poids. Ni les portes « anti hold-up » mises en place par la BNP en 1972, ni la protection renforcée par la police ne dissuadent les bandits.

La colère monte parmi le personnel, qui fait grève en 1974 pour demander davantage de protection. Leur inquiétude remonte jusqu’au Conseil d’Administration, qui reconnaît une certaine impuissance.

Les banques se barricadent

En 1975, les cinq grandes banques françaises, aidées par le Ministère de l’Intérieur, entrent en guerre contre les braqueurs. En échange de plus de protection policière, elles s’engagent à investir massivement dans leur sécurité.

À la fin des années 1970, 70% du budget « sécurité » de la BNP est dédié à la modernisation de son matériel. Dans les grandes villes, la majorité des agences se barricadent. Système de vidéosurveillance flambant neuf, portes à gâche électrique, barres anti-escalade, guichets anti hold-up protégés par un panneau blindé… les braqueurs sont prévenus !

La formation du personnel est au cœur du dispositif. Il faut inculquer les bons réflexes : surtout ne pas lutter contre les agresseurs, limiter les fonds au guichet, et bien observer les braqueurs pour les décrire à la police.

Ci-contre : extrait d’une BD destinée à la formation du personnel au risque de hold-up. Dialogue, n°103, 1993. Archives historiques BNP Paribas (PER2199309EL)

Hold Up Bd Formation

Les banques désarmées

Entre 1977 et 1978, 20 000 collaborateurs sont formés à ces réflexes, et l’opération est répété chaque année pour les nouveaux arrivants. Mais malgré tous ces efforts, les braquages ne cessent pas : 1986 est la pire des années pour la BNP.

Nombre de braquages à la BNP entre 1978 et 1990 :

À défaut de pouvoir enrayer les hold-up, il faut apprendre à vivre avec. Depuis 1979, la Sécurité sociale reconnaît les conséquences psychologiques d’un braquage comme un accident du travail. Souvent, le traumatisme est tel que la victime préfère alors quitter son travail.

Tout braquage doit être rapporté au médecin-chef de la BNP et doit être suivi d’un examen par la médecine du travail. À Paribas, même si les risques ne sont pas les mêmes dans une banque d’affaires, les employés bénéficient d’une assurance « agression » de 300 000 francs.

Finalement, l’âge d’or des braquages s’essouffle de lui-même à la fin des années 1980. Les 200 millions de francs dépensés par an par la BNP pour lutter contre le fléau n’y sont pour rien. C’est bien l’introduction des guichets automatiques, en 1981, et le décollage de la carte bleue, créée en 1984, qui auront mis les braqueurs au chômage !


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