C’est moi qui compte : la banque et les femmes

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À l’instar d’autres droits, comme celui de passer le baccalauréat ou le droit de vote, les droits des femmes dans la banque, en tant qu’employées ou clientes, ont mis du temps à être reconnus, que ce soit pour y travailler, ouvrir un compte, épargner ou dépenser leur argent en toute liberté.

Première de couverture de l’édition spéciale intitulée La BNP et les Femmes diffusée en 1968 – Archives historiques BNP Paribas

De la femme « incapable majeure » à la femme « non assistée »

L’émancipation financière des femmes en France débute en 1881. Cette année-là, une loi autorise les femmes à ouvrir un livret d’épargne en toute autonomie. Cette mesure est renforcée par une la loi de 1895, qui leur permet d’y effectuer des versements et retraits sans l’aval de leur mari.

Jusque-là consacrées « incapables majeures » par le code napoléonien de 1804, les femmes ne pouvaient pas gérer seules leur épargne. Les lois de 1881 et 1895 abandonnent cette notion au profit d’une autre : celle de femme « non assistée de son mari », mention qui sera apposée sur les livrets de caisse d’épargne ouverts par les femmes mariées. Puis en 1907, une autre révolution se produit : les femmes obtiennent le droit de disposer de leur salaire comme elles l’entendent.  

C’est aussi à partir des années 1880 que sont créés de nouveaux services administratifs et se font les premières embauches des femmes dans les grands établissements financiers, ouverture qui s’inscrit dans un mouvement plus général de féminisation des emplois de bureau. Les femmes semblent parfaitement convenir à ces nouveaux emplois, comme au bureau des recouvrements, aux services comptables et surtout dans les bureaux des titres et des coupons. Au bureau des titres, elles effectuent l’émargement des obligations : lorsque les coupons sont payés, elles les découpent et les collent sur les feuilles des gros volumes de la banque, en indiquant la date et le nom de la personne qui en a touché le montant.

Opératrice détachant les coupons des titres de valeurs mobilières, 1939 – © Archives historiques BNP Paribas

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Opératrice de la BNCI utilisant une machine à découper des coupons, 1939 – © Archives historiques BNP Paribas

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Opératrice de la BNCI utilisant une machine à découper des coupons, 1939 – © Archives historiques BNP Paribas

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Barbès, service portefeuille, Archives historiques BNP Paribas

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Elles travaillent sous l’œil d’un cadre lui-même forcément féminin, car les femmes n’ont aucun contact ni avec les clients, ni avec leurs collègues masculins. Dans certaines banques, elles entrent par un escalier spécial, et partout, elles travaillent et mangent dans des salles séparées.

Salle de dactylographie du Centre administratif de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie (BNCI) vers 1960. Archives historiques BNP Paribas
Salle de dactylographie du Centre administratif de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie (BNCI) vers 1960 – Archives historiques BNP Paribas

De plus en plus nombreuses à travailler et à faire valoir leurs droits

En 1909, les femmes, souvent des jeunes filles instruites de classes moyennes, qui se trouvent dans la nécessité de travailler, représentent un dixième du personnel central du Crédit foncier. En 1914, elles comptent pour environ 25 % du total de l’effectif parisien du Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP), soit près de 700 sur 3000. Mais ces chiffres cachent une disparité de statuts : les femmes ont un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins et ont des conditions de travail très précaires. Au service des coupons par exemple, elles peuvent être engagées la veille des jours des grands paiements et être congédiées aussitôt après. Et dans les services moins saisonniers, elles n’ont souvent qu’un statut d’auxiliaire et mettent beaucoup plus de temps que les hommes à obtenir celui de titulaire. Afin de palier leur statut précaire, dès 1902, les femmes employées à la journée au CNEP ont créé une société libre destinée à financer les indemnités en cas d’absence liée à une maladie.

Quand la guerre fait évoluer les mentalités

Le mouvement d’émancipation financière et professionnelle des femmes en France a été accéléré par les conflits majeurs du XXe siècle.

La Première guerre mondiale a conduit les femmes à entrer massivement sur le marché du travail et à gérer le quotidien sans les hommes, partis au front. L’enjeu était avant tout économique : en ces temps difficiles, il fallait trouver le moyen de soutenir le développement commercial et industriel de la France. Appelées en renfort dans les bureaux comme sur les lignes de production, les femmes mariées ont aussi bénéficié, pendant cette période, de procurations les autorisant à gérer l’argent du compte de leur mari.

Durant la Seconde guerre mondiale, les femmes obtiennent le droit de vote, par ordonnance signée le 21 avril 1944 par le Général de Gaulle.

13 juillet 1965 : la loi qui a changé la vie des Françaises

Jusque-là, les femmes mariées devaient présenter une « autorisation maritale » pour ouvrir un compte ou signer un contrat de travail, et ce, alors qu’un tiers d’entre elles exerçait une activité professionnelle.  Les femmes célibataires ou veuves, elles, jouissaient de la même autonomie que les clients masculins.

Affiche publicitaire de BNP, datant de 1967, faisant écho à la loi du 13 juillet 1965 sur les régimes matrimoniaux – Archives historiques BNP Paribas

Pour les banques comme pour les femmes, la loi du 13 juillet 1965 est déterminante : une femme mariée peut devenir, au même titre qu’une célibataire ou une veuve, une cliente comme les autres à la banque. Autorisant les femmes mariées à ouvrir un compte bancaire en leur nom et à travailler sans le consentement de leur mari, les femmes deviennent une clientèle à part entière.

A partir de ce moment-là, les banques déploient tout un arsenal de communication pour séduire les femmes, qui accèdent progressivement à l’indépendance financière. Le potentiel commercial est important : en 1965, année charnière pour la bancarisation féminine en France, elles représentent plus de la moitié de la population française suite à l’arrivée sur le marché du travail des nouvelles générations de jeunes femmes nées entre 1942 et 1955, 40 % d’entre elles travaillent, mais seulement  45% détiennent un compte chèque, qui est, dans les faits, un compte joint avec leur époux, n’en faisant pas un usage effectif.

Extrait de l’édition spéciale de la BNP destinée à la clientèle féminine, 1968 – Archives historiques BNP Paribas
Extrait de l’édition spéciale de la BNP destinée à la clientèle féminine, 1968 – Archives historiques BNP Paribas

Offensive de charme vers les femmes qui comptent

Dès lors, la clientèle féminine devient une véritable cible pour les établissements bancaires. À l’échelle européenne – dès le début des années 1960 pour les Suédoises, et jusqu’au milieu des années 1970 pour les Italiennes – les femmes représentent un marché extrêmement prometteur pour les banques.

Dans ce contexte, les banques lancent des campagnes inédites partout en France en s’adressant directement à la « femme moderne » : il faut faire savoir à la « femme moderne » que la banque l’accompagne dans toutes ses démarches financières et bancaires pour faciliter sa gestion du budget familial.

La femme moderne et les questions d’argent, BNCI, 1965 – Archives historiques BNP Paribas

Affiches, brochures, pages publicitaires dans les magazines féminins, les femmes sont invitées à ouvrir un compte, à placer leurs bijoux dans les coffres forts des banques, à glisser un chéquier dans leur sac à main, et même à souscrire un emprunt. Des supports pédagogiques dédiés « Les femmes et la banque » voient le jour dans les années 1960 pour contribuer à l’éducation financière des femmes.

La Banque nationale de Paris (BNP) ne rate pas cette actualité et en fait un objectif : bien connaître la clientèle féminine et répondre ou devancer ses attentes. Elle multiplie les initiatives : insertion de questions financières spécifiques dans la presse magazine féminine, enquête sur la gestion du budget familial, publication d’une brochure intitulée « je fais mes comptes en 3 minutes par jour », jusqu’à l’organisation de tables rondes avec des femmes sélectionnées par les agences pour entendre ce qu’elles en pensent et adapter au mieux les services proposés. Dès 1973, la banque investit même la presse spécialisée des jeunes filles.

BNP, Les femmes et la banque – Archives historiques BNP Paribas

Si les Français sont faiblement bancarisés en 1967 – 15 à 18% seulement des ménages détiennent un compte en banque – on voit émerger avec la montée du salariat la bancarisation de la société, c’est-à-dire l’équipement des ménages en services financiers et produits tel l’emploi du compte chèques. À la fin des années 1980, on dépasse les 90% des comptes en banque.

Des femmes qui comptent dans la banque

En 2020, les femmes représentent 52% de l’effectif total du Groupe BNP Paribas et 31% d’entre elles occupent des postes de senior manager.

Le Groupe s’attache à promouvoir l’égalité professionnelle dans toutes les sphères professionnelles. Depuis 2011, il a ainsi développé un programme d’accompagnement des femmes vers les postes de cadres de direction. C’est dans ce contexte que l’objectif de 25% de femmes senior managers a été atteint en 2014, alors qu’elles n’étaient que 18,4% en 2011.

Si aujourd’hui les femmes exercent tous les métiers de la banque, BNP Paribas s’est engagé à faire progresser la mixité dans des professions traditionnellement à dominante masculine ou féminine, dans le cadre de son partenariat avec le programme mondial HeforShe, initié par ONUFemmes.

Jean-Laurent Bonnafé, CEO de BNP Paribas,
prend part à la campagne « HeForShe » d’ONU Femmes

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