La CGER au cœur de l’épargne scolaire en Belgique : essor, guerre et pacte

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Publicité de la CGER de 1958 annonçant le versement d'une prime de 50 francs à l'ouverture d'un livret pour un nouveau né (initiative de la CGER prise en 1956) - Archives historiques BNP Paribas Fortis

Publicité de la CGER de 1958 annonçant le versement d'une prime de 50 francs à l'ouverture d'un livret pour un nouveau né (initiative de la CGER prise en 1956) - Archives historiques BNP Paribas Fortis

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C’est à Gand que prend naissance le mouvement en faveur de l’épargne scolaire en Belgique. La pratique est encouragée par la ville dès 1858 et stimulée par un professeur d’université et juriste libéral, François Laurent. En 1865, la ville prévoit l’institution d’un fonds spécial pour fournir des livrets d’épargne à des élèves des écoles communales gratuites. Une action étroitement liée à la formation de la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite/CGER (un ancêtre de BNP Paribas Fortis) par le ministre des Finances Frère-­Orban. Créé la même année en réponse à la pauvreté criante dans le monde ouvrier, ce projet social issu de l’aile progressiste du libéralisme veut apprendre au peuple à épargner. C’est donc sans surprise que la Caisse générale s’intéresse dès ses débuts à l’épargne scolaire.

Pour sa bonne mise en œuvre, le corps enseignant assiste à des conférences sur les bonnes pratiques de l’épargne. Apprendre aux enfants à épargner, en même temps qu’ils apprennent à lire et à écrire, une tâche à laquelle il se dévoue chaque semaine sur le terrain. Les versements des élèves sont déposés toutes les semaines ou mois à la CGER, par l’instituteur. Et même si la moyenne n’est pas très élevée, 139 francs en 1863, le nombre d’opérations va en augmentant et d’autres villes prennent exemple sur Gand. En 1868, près de 200 communes belges adhèrent à ce nouvel apprentissage.

Malgré quelques réticences face à cet enseignement qui ferait surgir – aux dires de certaines critiques -­ la cupidité, le vol et l’avarice dès la plus tendre enfance, le principe de l’épargne scolaire se développe au delà de la Belgique et s’étend de chez ses plus proches voisins jusqu’à la Zélande.

Traduits dans plusieurs langues, les écrits et brochures du professeur F. Laurent témoignent du succès de ce projet. Prisé en 1872 « pour le meilleur ouvrage ou la meilleure invention pouvant améliorer la position matérielle ou intellectuelle de la classe ouvrière en générale », le promoteur de l’épargne scolaire y voit un moyen de prévenir la misère, offrant aux plus démunis un recours au bureau de bienfaisance et aux hospices.
Et tout semble le confirmer, puisque l’épargne scolaire se développe sans accrocs pendant plusieurs dizaines d’années.

Publicité de 1960 en faveur de l'épargne scolaire - Archives historiques BNP Paribas Fortis
Publicité de 1960 en faveur de l’épargne scolaire – Archives historiques BNP Paribas Fortis

Mais en 1954 l’épargne scolaire devient soudainement l’enjeu d’une lutte politique entre les démocrates­‐chrétiens et les autres partis. Après quatre années au pouvoir, le Parti social-­‐chrétien (PSC) perd aux élections face au Parti socialiste belge (PSB). Un clivage Eglise – Etat apparaît et le PSC organise une grève pour exprimer son désaccord face aux projets de l’Etat dans l’éducation, dont notamment la baisse drastique des subventions publiques. Les enseignants sont mobilisés, ils arrêtent les conférences de l’enseignement et stoppent toute épargne scolaire. Un boycott qui va à l’encontre d’une initiative publique, la CGER. Une guerre scolaire éclate et s’achève 4 ans plus tard, aboutissant à la loi du 29 mai 1959 ratifiant le Pacte scolaire. L’accord entre les partis permet de se diriger vers une démocratisation de l’enseignement, garantissant ainsi une paix scolaire dans le pays.

Publicité de la CGER diffusée vers 1990 pour un produit destiné aux 16-24 ans - Archives historiques BNP Paribas Fortis
Publicité de la CGER diffusée vers 1990 pour un produit destiné aux 16-24 ans – Archives historiques BNP Paribas Fortis

Cependant, ayant perdu son monopole après la Seconde Guerre mondiale et étant fragilisée par la guerre scolaire, la CGER doit se réinventer. Même si les versements des jeunes représentent plus d’un demi-­‐milliard en 1963, elle décide de se déspécialiser progressivement et se transforme en banque et assureur public en 1980. L’épargne scolaire n’est plus, mais les jeunes restent essentiels dans sa stratégie de développement, comme on peut le voir en 1990 avec cette publicité en faveur du compte club 001 pour les 16-­24 ans.

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