Alexis Rostand : gestionnaire habile et prudent

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Alexis Rostand (1844-1914) - Archives historiques BNP Paribas

Alexis Rostand (1844-1914) - Archives historiques BNP Paribas

Alexis Rostand (1844-1919), grand nom de l’histoire bancaire française, s’est distingué par ses qualités de gestionnaire à travers une brillante carrière au sein du Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP). Mais ce financier hors-pair était aussi un artiste qui a toujours su conjuguer son métier avec une passion indéfectible pour la musique.

Une famille d’artistes et de banquier

Dans la famille d’Alexis Rostand, gestion de l’argent et sensibilité artistique font bon ménage depuis plusieurs générations. Le grand-père d’Alexis, poète et amateur de musique devient maire de Marseille à partir de 1830. Son père, Joseph, lui aussi féru de musique, travaille pendant trente ans comme trésorier de la cité phocéenne et est administrateur de la Caisse d’épargne qu’il a contribué à créer. Chez les Rostand, on trouve aussi le philosophe et biologiste Jean Rostand, le grand-oncle Albert, un des premiers administrateurs du Crédit industriel et commercial, et le cousin Jules, futur vice-président du CNEP.

Le propre frère d’Alexis, Eugène, avocat de formation et père de l’écrivain Edmond Rostand, dont il restera très proche toute sa vie, publiera plusieurs livres de poésie tout en étant président de la Caisse d’épargne des Bouches-du-Rhône et administrateur de plusieurs établissements financiers dont la Société marseillaise de crédit.

De Marseille à Paris : un itinéraire sans faute

Les deux passions vont également cohabiter dans la vie d’Alexis Rostand : le jeune homme qui, dès l’âge de 14 ans, compose et écrit des pièces musicales, se lance aussi très tôt dans sa carrière de banquier. Il fait ses premières armes au Crédit agricole (alors sous égide du Crédit foncier) : il y entre en 1863 à 19 ans et y reste cinq ans avant de devenir sous-directeur en 1868 de l’agence du CNEP qui vient d’ouvrir à Marseille. Parallèlement, il rédige des chroniques, fait jouer ses œuvres avec succès et figure dans la Biographie universelle des musiciens, de F. J. Fétis, référence en la matière.

Promu directeur de l’agence marseillaise en 1876, il se fait remarquer par son action dynamique et efficace. L’agence marseillaise est celle qui récolte le plus de dépôts et le dossier de légion d’honneur d’Alexis Rostand, met en avant, en 1885, les vertus d’un banquier qui se soucie de l’intérêt général (il a en particulier su maintenir le cap lors de l’épidémie de choléra la même année et de l’agitation qu’elle engendra), aide les industries locales, favorise le commerce vers les pays d’outremer (il a été un des artisans de la percée du CNEP en Asie) et coopère aux emprunts de l’Etat et de la ville de Marseille. Pour autant, c’est un directeur qui se méfie des risques inconsidérés et s’illustre par une gestion habile et prudente. C’est sans doute ces qualités qui incitent les dirigeants du siège à faire appel à lui lorsque le Comptoir d’escompte de Paris s’effondre, suite à des opérations hasardeuses sur le cuivre qui provoquent aussi le suicide de son directeur Eugène Denfert-Rochereau. Alexis Rostand en deviendra successivement sous-directeur, puis directeur (un mois plus tard seulement).

La reconstruction du CNEP : quand l’initiative se double de rigueur

Nous sommes en 1889, Alexis Rostand a 45 ans et doit reconstruire une banque dont le capital est faible, qui ne possède plus que trois agences en province et huit à l’étranger.

En 1895, soit six ans plus tard, la situation est retournée : le nouveau Comptoir national d’escompte de Paris dispose d’un capital cinq fois supérieur à celui de 1889, a désormais 40 agences en France dont 17 parisiennes, et est de nouveau très bien implanté à l’étranger. Non content de permettre à son établissement une expansion unique en France à cette époque, Alexis Rostand se fait remarquer par des méthodes de travail qui font rentrer sa banque dans l’ère moderne. En interne, il motive son personnel grâce à des perspectives d’avenir en encourageant le travail en équipe. Avec ses clients, il sait  que faire preuve de rigueur et de prudence est la meilleure façon de gagner et de garder leur confiance. Le début du XXe consacre son action : en 1902, il devient directeur général du CNEP, et huit ans plus tard, son Président. Il aura pu, dans l’intervalle, défendre sa profession lors de la controverse Lysis-Testis où, prenant le pseudonyme du second, il réfutera point par point les accusations rapides du journaliste Eugène Letailleur (de son vrai nom). Il ne lève le pied que lorsqu’il est atteint par la maladie en 1915, après 50 ans de carrière.

Quand il meurt, le 2 avril 1919, Alexis Rostand est un notable respecté qui collectionne de multiples distinctions honorifiques, tant dans le domaine des arts que dans le monde de la finance. C’est un homme qui a prouvé, comme il a été dit dans un discours de 1874 à l’Académie de Marseille,  que l’on peut allier « la faculté des plus précis calculs de la finance avec les plus lyriques élans de la poésie des sons » mais qui a toujours souhaité dissocier ces deux activités pour rester crédible dans les deux milieux. Si sa notoriété de musicien n’a pas passé le cap du XXe siècle, elle a pourtant été réelle de son vivant et l’on retient, aujourd’hui encore, la conscience professionnelle, l’érudition, et l’esprit d’initiative du banquier.

Enveloppe contenant le testament moral d’Alexis Rostand, 1919 – Archives historiques BNP Paribas
Enveloppe contenant le testament moral d’Alexis Rostand, 1919 – Archives historiques BNP Paribas
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