Comment conserver notre patrimoine photographique ?

Mise à jour le : 17 Sep 2026
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Crédit photo : Virginie GEORGES

Le département Archives et Histoire de BNP Paribas, en charge de collecter, organiser, diffuser et valoriser les archives historiques du Groupe, conserve environ 7 km linéaires d’archives, dont un fonds photographique d’environ 24 000 photos. Au fil du temps, certains supports iconographiques se dégradent à un rythme accéléré, mettant en péril des décennies d’histoire visuelle. Comment le département fait-il face à ce défi pour préserver ce patrimoine visuel ?

Face à la dégradation d’une partie de ses fonds photographiques, le département Archives et Histoire a demandé en 2024 une expertise pour en comprendre les raisons et obtenir des conseils sur la conservation de ces supports. C’est dans ce cadre qu’est intervenue Gwenola Furic, experte en conservation et restauration du patrimoine photographique. Son étude des fonds d’archives photographiques du Groupe a permis de poser un diagnostic, mais également d’établir un plan d’actions à mener pour sauvegarder ce patrimoine en péril.

Des images en sursis

Parmi les fonds les plus fragiles figurent les négatifs et diapositives sur supports souples – ces fines pellicules en plastique qui, à partir des années 1880, ont remplacé le support verre, notamment grâce aux progrès de la chimie.

Problème : les matériaux utilisés, comme le nitrate de cellulose ou l’acétate de cellulose sont des matériaux instables.

Le nitrate de cellulose : une auto-dégradation inéluctable

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Les négatifs sur nitrate de cellulose, utilisés entre 1890 et 1950, sont hautement inflammables et peuvent libérer des gaz toxiques.

Les émanations dégagées par les négatifs très dégradés sont si corrosives qu’elles peuvent détruire les autres phototypes à proximité, les contenants et même endommager le mobilier de stockage !


« Le nitrate est un matériau si instable qu’il peut être dangereux de le conserver dans des lieux non sécurisés, si les quantités sont importantes. Sa décomposition est inéluctable : soit on le traite, soit on le détruit de manière contrôlée.»

— Gwenola Furic, experte en conservation photographique

L’acétate de cellulose : cet ennemi invisible

Les acétates de cellulose, utilisés dans les supports à partir des années 1930, engendrent également des phénomènes d’altération. On les identifie lorsqu’ils sont entrés en phase de dégradation par une odeur âcre de vinaigre, des déformations, et parfois une teinte bleutée qui envahit les images. Au total, une soixantaine de négatifs présentent ce type de dégradation. Dans un même lot, certains semblent plus rapidement atteints que d’autres. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’ensemble ne soit touché !

Tout aussi préoccupant : ces phototypes contaminent leur environnement. Les émanations acides qu’ils dégagent peuvent dégrader et même détruire les images voisines, corrompre les contenants, voire endommager les meubles de stockage. Un cercle vicieux qui menace l’intégrité de collections entières.

Mais aussi la lumière, la chaleur, ou simplement le temps

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Les diapositives couleur subissent quant à elles un autre fléau : la décoloration.

Même protégées de la lumière, leurs colorants peuvent s’affaiblir avec le temps, altérant les teintes jusqu’à rendre les images méconnaissables.

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 Les solutions pour sauver ce patrimoine

Face à ces menaces, et grâce aux conseils prodigués par Gwenola Furic, le Département a engagé une démarche de préservation active. Voici les actions prioritaires qu’il a choisi de mener :

✔️ Reconditionner pour protéger

  • Remplacer les pochettes plastiques (qui aggravent la dégradation même lorsqu’il s’agit de fournitures de conservation, du fait du confinement) par des enveloppes en papier permanent, neutre et stable ;
  • Isoler les phototypes dégradés dans des contenants adaptés, étiquetés pour un suivi précis ;
  • Nettoyer et stabiliser les négatifs sur verre, vulnérables à la poussière et aux moisissures.

✔️ Numériser pour transmettre

La numérisation haute résolution (format TIFF) est un outil clé pour :

  • Sauvegarder les images avant qu’elles ne disparaissent ;
  • Partager ce patrimoine avec le public, sans risquer d’endommager les originaux ;
  • Restituer les couleurs perdues grâce à des logiciels de retouche (pour les diapositives décolorées).

Numériser, c’est donner une seconde vie à ces archives, tout en permettant leur étude et leur valorisation. Mais cela ne dispense pas de conserver les originaux, quand c’est possible.

✔️ Conserver au froid pour ralentir le temps

Pour les supports les plus fragiles, une solution radicale : le stockage à basse température (entre 2 et 5°C, voire par congélation). Cette méthode, utilisée par les plus grands musées, permet de ralentir les réactions chimiques responsables de la dégradation.

✔️ Former et sensibiliser

La préservation de ce patrimoine passe enfin par la formation des équipes aux bonnes pratiques de manipulation (port de gants, détection des signes de dégradation).

Le cas des albums photographiques

Parmi les « trésors » des archives de BNP Paribas, les albums photographiques occupent une place particulière. Certains, comme celui documentant l’aménagement hydro-électrique de l’oued El Abid au Maroc en 1949, constituent de véritables objets à valeur patrimoniale, où l’ordre des images et les annotations sont porteuses d’informations.

D’autres, plus récents, posent un autre défi : des matériaux médiocres (colles acides, plastiques instables) qui accélèrent leur détérioration. Pour ces derniers, une question se pose : faut-il les démonter pour sauver les images, ou les conserver intacts malgré les risques ?


« Chaque album est un cas unique. Certains méritent une restauration minutieuse ; d’autres, un démontage pour préserver les photographies individuellement. »

— Gwenola Furic

Les fonds photographiques de BNP Paribas sont fragiles, mais pas condamnés. Grâce à l’expertise de professionnelles et professionnels, à des techniques de conservation innovantes, et à une volonté forte de transmission, ces images ont une chance de traverser les siècles.

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