Le carnet de bord de Colette : une aventure professionnelle à la Banque

Mise à jour le : 14 Jan 2026
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©Céline Pernot-Burlet

Colette B. est entrée à la Banque en 1955, à l’âge de 21 ans et y a réalisé toute sa carrière professionnelle. L’histoire de son parcours, rythmé par les transformations des banques ancêtres du Groupe et des métiers, a été consignée dans un carnet qu’elle a confié aux archives historiques de BNP Paribas. Dans ce récit de vie « augmenté », vous pourrez entendre sa voix, lire certaines de ses anecdotes, et découvrir de nombreuses informations contextuelles sous forme d’articles.
Plongez dans le récit de sa vie !

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© Céline Pernot-Burlet

1955-1966 : Mes premiers pas à la banque

«En juin 1955, je rejoins le Comptoir national d’escompte de Paris (C.N.E.P.) après avoir réussi mon concours. Mon chef de division m’informe que je serai affectée à l’agence Victor Hugo, à Paris. Je commence donc au guichet, où l’on débute traditionnellement, et où la tenue des comptes se fait encore sur des petits cartons. C’est un travail laborieux, mais je l’apprécie néanmoins.

Un jour, la Direction Générale décide de moderniser la tenue des comptes à l’aide de grosses machines mécaniques. Notre agence est choisie pour tester ce nouveau matériel, et je suis désignée pour le mettre en œuvre.

Je suis envoyée à l’agence centrale, rue Bergère à Paris, pour y recevoir une formation spécifique. Quel avancement !

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L’expérience est un succès, et l’installation de ces machines est étendue à toutes les agences de Paris et de la proche banlieue. Je suis choisie pour devenir monitrice de mécanographie sur ces machines.

Même si je me plais dans mon agence, je n’ai d’autre choix que de la quitter. C’est donc une nouvelle étape qui commence.

Je reçois le soutien de mon chef de service, qui est partisan du modernisme. Il me met à l’aise et me dit qu’il est à ma disposition pour tout ce dont j’ai besoin.

Cependant, en tant que jeune femme qui se déplace dans les agences, je ne passe pas inaperçue…

Lors de ma troisième installation, dans une agence de la rue du Commerce à Paris, le directeur me laisse attendre quelques minutes sur le seuil de son bureau et me dévisage de la tête aux pieds. C’est le prix à payer pour être une femme dans ce monde… »

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© Céline Pernot-Burlet

Ma quatrième installation se situe au Bourget, dans une petite agence d’environ 15 personnes, au nord de Paris.

C’est dans cette agence que j’ai eu l’occasion de porter un revolver, pendant que j’allais distribuer l’argent des salaires dans les usines du coin.


1966-1968 : Les bouleversements


«Un soir de juin 1966, je dîne chez mes parents quand j’entends à la radio que le CNEP (ma banque) allait fusionner avec la BNCI. Coup de tonnerre ! Personne n’en avait jamais entendu parler ; le secret avait été bien gardé… Qu’allait-il nous arriver à présent ?

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Abasourdie par la nouvelle, je ne pus fermer l’œil de la nuit. Qu’est-ce qui nous tombait sur la tête ?

Plutôt qu’une fusion, il s’agissait d’une absorption de la part de la BNCI, qui était bien plus importante en effectif et voulait imposer sa manière de travailler. Ils sont arrivés en conquérants, nous considérant comme incompétents. J’ai donc liquidé le service et fait démonter tout le mobilier, condamné à la casse, car rien ne devait subsister du CNEP. C’est ainsi que la BNP est née. » (Les opinions et sentiments exprimés reflètent l’expérience et le ressenti personnel de Colette à l’époque des faits.)


« Une page de ma vie se tourne. Que vais-je devenir ? »

— Colette

Après la liquidation de ma banque, je me présente à l’interlocuteur qui m’a été désigné. Il me reçoit plutôt aimablement, et m’informe que je dois suivre un stage d’un an dans tous les services de la BNCI, pour apprendre leurs méthodes de travail. Puis j’aurai mon affectation.

D’ailleurs, dans les agences CNEP, toutes les machines que nous avions installées ont été remplacées par celles de la BNCI. On a donc dû transférer les comptes des clients d’une machine à l’autre. On appelait ça la « bascule », et cela ne pouvait se faire qu’en-dehors des heures d’ouverture de la banque, donc les week-ends. Des heures supp’, mais très bien payées ! 

Le temps passe, et nous voilà en mai 1968… Cela ne vous rappelle rien ?

En plein milieu des émeutes, une équipe de trois personnes de mon agence décide de partir en urgence avec la 4CV à la Banque de France, située au centre de Paris, pour récupérer de l’argent. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir eu cette idée. Toutes les banques sont là et attendent ! Il est impossible de rentrer dans la banque – les piquets de grève sont là et font barrage. Aucun fourgon de la Banque de France ne peut sortir !

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Enfin, sur les coups de 16h, un fourgon rempli d’argent arrive à sortir et distribue à toute vitesse un sac d’argent à chaque banque, sans aucune vérification. C’est inimaginable, c’est bien la première fois que des sacs de jute, remplis d’argent, sans en connaître le montant, sont distribués sans contrôle. Sans ça, ça aurait pu être une Révolution ! »


1968-1980 : il faut se battre pour être reconnue


Je termine mon stage au début de l’année 1969, à 33 ans et suis affectée au « Secrétariat Engagement » de l’agence Champs-Élysées.

Les employés de cette agence appartiennent forcément à l’élite de la banque ! Je monte d’ailleurs bientôt jusqu’à la Direction Générale, sur le Boulevard des Italiens, au service « Organisation ». C’est à ce moment que je passe « cadre ».

Mais après quatre ans dans cette agence, je m’ennuie. Je n’ai pas 40 ans, et ma carrière est encore devant moi. Mon ambition ? Devenir Chef de Groupe Administratif (CGA) : un poste à responsabilités, qui implique la gestion du personnel et de tout ce qui est administratif.

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© Céline Pernot-Burlet
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Ça ne va pas être facile… Il faut dire qu’à cette époque, sur environ 55 postes à Paris, il n’y a que deux femmes, célibataires et sans enfants (car oui, à la BNP, si une femme veut réussir sa carrière professionnelle, elle ne doit pas avoir de contraintes familiales qui puissent nuire à son activité) … Mais devant mon obstination, tout le monde cède !

Donc, après quelques semaines de stage, j’obtiens mon premier poste d’adjointe à l’agence Gobelins, Place d’Italie. J’y retrouve comme CGA un ancien chef que j’avais connu au Boulevard Voltaire. Nous sommes heureux de nous retrouver !

C’est un groupe important. Je suis tout à fait satisfaite de mon activité et j’apprends beaucoup de choses avec le premier adjoint. Même si je suis une femme, je suis bien acceptée par tout le personnel, y compris par celui des agences rattachées.

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© Céline Pernot-Burlet

Puis, vers la mi-décembre 1977, je suis mutée à l’agence Kleber.

Je me présente au Directeur : il me reçoit pendant à peu près 40 secondes, car il est très, très, très occupé. Plus misogyne que lui, ça ne doit pas exister !

Par exemple, tous les matins, le comité de Direction se tient dans le bureau du patron. En principe, je devrais pouvoir y participer. Mais mes collègues hommes y sont conviés, et pas moi (je ne suis qu’une femme après tout !).

Sur un tout autre sujet, pendant mon séjour, nous avons eu un hold-up assez traumatisant, à une agence rattachée.

Dans ma carrière de CGA, j’ai dû faire face à cinq hold-up, et je n’ai même pas compté le nombre d’alertes à la bombe… Quand ça se passait dans mon agence, je fermais aussitôt la banque, puis il fallait s’occuper des guichetiers, en état de choc. On les envoyait chez le docteur faire des déclarations d’accident, mais la sécurité sociale n’en tenait aucun compte : pour elle, un hold-up, ce n’était pas un accident du travail !

 Écoutez les bons conseils de Colette en cas de hold-up !

Lire la transcription

Bien sûr, moi j’ai jamais eu le revolver sur la tempe, mais ce que je disais toujours à mes guichetiers : « surtout vous ne faites pas de zèle, et si vous avez un hold-up, vous donnez la caisse sans… sans discuter, sans rien, parce qu’on sait jamais, si jamais vous essayez de ne pas donner votre argent, vous risquez d’avoir peut-être un coup de revolver et je voulais surtout pas avoir quelqu’un qui soit blessé ou voire pire hein, on sait jamais !

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Puis, après deux ans passés dans ce groupe, mon supérieur me propose pour être chef de groupe, et quelques jours plus tard un Directeur d’agence me recrute. Ce Directeur, c’est un de mes anciens collègues à Kleber avec qui je m’entendais très bien. Je suis ravie !

Donc, en janvier 1980, j’ai (enfin) mon premier poste de CGA, et je suis promue « Sous-Directeur ». Youpi, j’ai réussi ! Je reçois un appel téléphonique de mon ancien supérieur à la Direction Générale qui me félicite. Il me dit que j’ai eu raison d’insister.


À suivre…



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