La Fondation BNP Paribas : une histoire de fidélité, d’audace et d’engagement

La fondation BNP Paribas souffle ses 40 bougies. Avec 4 200 projets à son actif et plus de 2 millions de bénéficiaires, c’est un puissant levier qui a su accompagner l’évolution de la société dans des domaines aussi variés que la culture, la solidarité ou l’environnement. Comme DAB revient sur la genèse et l’histoire de cette philanthropie à la française, héritière des traditions de mécénat de ses banques fondatrices.
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La Fondation BNP Paribas souffle cette année ses 40 bougies. Avec 4 200 projets à son actif, et plus de 2 millions de bénéficiaires, c’est un puissant levier qui a su accompagner l’évolution de la société dans des domaines aussi variés que la culture, la solidarité ou l’environnement. Comme DAB revient sur la genèse et l’histoire de cette philanthropie à la française, héritière des traditions de mécénat de ses banques fondatrices.
Sous ses airs d’antiquité, le mot philanthropie n’apparaît vraiment dans le langage qu’au 19e siècle. À ce moment-là, les bonnes œuvres sont des initiatives individuelles de capitaines d’industrie ou de financiers, à l’image de Louis-Raphaël Bischoffsheim, l’un des fondateurs de Paribas, qui finance des études scientifiques et médicales, ou fait construire le théâtre de l’Athénée à Paris. Dans l’esprit collectif, le mécénat est l’affaire des pouvoirs publics, et le restera jusqu’à l’après-guerre, avec l’émergence de l’Etat Providence. L’idée d’un mécénat d’entreprise va toutefois faire son chemin en France. Mais faute de cadre juridique et d’incitation fiscale, peu de sociétés s’y risquent. Ce qui fait qu’en 1984, la BNP et Paribas se retrouvent chacune de leur côté pionnière d’une aventure qui peine à démarrer.
En l’absence d’un cadre bien précis, chacune des deux banques va opter pour le mode d’actions qui lui correspond, comme l’explique en 2000 Anne de Lacretelle, chargée du mécénat auprès à la BNP :
« Pour BNP, ce sont des alliances pérennes avec des institutions, des événements à forte notoriété complétés par des actions promotionnelles. Paribas, quant à elle, a fait le choix d’accompagnement d’individus à un moment clé de leur parcours. »
Autre contraste : tandis que la BNP agit en régie directe, c’est-à-dire sans structure spécifique, Paribas choisit de créer une fondation sous l’égide de la Fondation de France, devenant ainsi l’une des plus anciennes fondations de mécénat d’entreprise en France.
Pourtant, même si les deux établissements agissent selon des modes opératoires distincts, ou s’expriment dans des domaines qui leur sont propres, comme la recherche médicale pour Paribas par exemple, ils adoptent en même temps des approches très complémentaires. C’est le cas en particulier dans le domaine de l’art.
Quand la BNP soutient la création de la Maison de la Danse à Lyon, Paribas accompagne la carrière internationale du chorégraphe Angelin Preljocaj. Et tandis que la première, à travers le programme « BNP pour l’Art », finance la restauration d’œuvres majeures, la seconde joue le rôle d’éditeur auprès d’un grand nombre de musées, afin qu’ils puissent posséder leur propre catalogue d’exposition.
Leurs actions vont même intimement s’imbriquer dans un autre champ : celui de la solidarité, lorsque les deux banques, à quelques années d’intervalles, choisissent d’apporter leur soutien à l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique, l’ADIE. En s’inspirant de l’exemple de la Grameen Bank, fondée par Muhammad Yunus au Bangladesh, l’ADIE est une association qui permet à des personnes trop fragiles pour emprunter sur le circuit classique, de financer des créations d’entreprise grâce au principe du microcrédit.
Sa fondatrice, Maria Nowak, souligne en 2015, la particularité de ce soutien, celle d’un mécénat adossé à un établissement bancaire :
« La Fondation nous a beaucoup aidés, mais la banque BNP Paribas nous a aidés également. Elle a contribué au financement de l’accompagnement et elle nous a aidé à monter des nouvelles agences dans des quartiers, à un moment où la situation y était extrêmement tendue et difficile. »
En l’an 2000, la BNP et Paribas fusionnent, et la Fondation BNP Paribas est créée, avec la volonté de réunir les politiques philanthropiques des deux banques. Jean-Jacques Goron, Délégué général de la Fondation en 2020, revient sur le contexte de ce regroupement :
« Ce qui est intéressant, c’est qu’il y avait une culture de mécénat de chaque côté, mais une structuration différente. Le point de convergence a été l’engagement philanthropique des deux entreprises sur des thématiques qui étaient sensiblement les mêmes. »
Un mariage harmonieux donc, qui sera placé sous le double signe de la fidélité et de l’audace. Fidélité d’abord, car les équipes dirigeantes de la nouvelle Fondation savent que la stabilité de l’engagement est un appui inestimable dans un monde qui bouge à toute vitesse.
François Debièsse, Président de la Fondation de 1995 à 2008, résume cette manière d’envisager le long terme :
« La notion de durée a toujours été prise en compte, depuis le départ. Quand on a commencé à réfléchir au mécénat, on s’est dit, une chose absolument fondamentale est qu’il y ait une durée suffisante pour que l’engagement de la Fondation puisse effectivement avoir un impact sur ce que fait l’association. »
La nouvelle Fondation BNP Paribas choisit donc de prolonger et de développer les actions déjà engagées, dans la continuité des stratégies de mécénat des deux banques fondatrices.
Dans le cas de l’Adie, ou de l’AFEV, une association étudiante qui lutte contre les inégalités éducatives et sociales, on parle même d’une relation de près de 30 ans.
Grâce à cette fidélité, la Fondation BNP Paribas va pouvoir entraîner les deux associations dans un cercle vertueux, dépassant le simple accompagnement pour se diriger vers le partenariat.
En 2006, l’AFEV et l’ADIE deviennent ainsi les piliers d’un projet de grande envergure en faveur de l’inclusion scolaire et de l’insertion sociale et professionnelle, le projet Banlieues. Un projet ambitieux qui sera suivi d’autres programmes de solidarité, parmi lesquels Odyssée Jeunes, en 2009, ou Dream up, en 2015, plus spécifiquement orienté vers la jeunesse.
Audace ensuite, car la nouvelle Fondation met un point d’honneur à perpétuer ce choix d’axer les œuvres philanthropiques vers des champs peu investis par les autres mécènes, ce qu’Isabelle Giordano, l’actuelle Déléguée générale de la Fondation BNP Paribas, résume ainsi dans un article récent de Kernews :
« L’audace d’aller chercher là où personne ne va. Je me situe dans les pas de mes prédécesseurs. Ils ont été vers le champ baroque, vers les arts du Cirque, ou le théâtre avec Olivier Py à ses débuts. Notre volonté a toujours été d’aller vers des secteurs peu soutenus, comme le jazz, la danse contemporaine, les nouveaux arts du cirque, et depuis 2021-2022, le hip-hop qui est une discipline qui participe à l’égalité des chances et au soutien de la jeunesse ».
Vers les années 2010, il apparait nécessaire de redéfinir certaines priorités de la Fondation, pour adapter son action aux évolutions de la société. Un glissement va ainsi s’opérer dans le domaine des sciences. Après avoir soutenu la recherche médicale, on pense notamment à l’Hôpital Necker pour la création d’une banque ADN, ou à l’Institut du Glaucome de l’hopital Saint Joseph, la Fondation décide de reporter ses efforts vers une problématique émergente jugée plus cruciale, car très peu investie par le mécénat, celle de l’environnement. La Fondation devient ainsi pionnière en créant dans les années 2010 le programme Climate & Biodiversity qui permettra de soutenir 35 équipes de chercheurs et chercheuses, et de sensibiliser près d’un million de personnes aux enjeux environnementaux. En 2017, devant la prégnance manifeste des questions de développement durable, le groupe BNP Paribas choisit de créer une Direction de l’Engagement qui chapeaute à la fois la Fondation BNP Paribas, mais aussi la RSE, division qui prend en charge les préoccupations environnementales et sociétales du Groupe. A la tête de cette super structure, Antoine Sire entend faire passer ces questions sur un plan supérieur à l’échelle du Groupe entier. Le mécénat devient alors le bras armé d’une politique globale, reconnue mondialement depuis pour son engagement et sa pertinence.
Aujourd’hui, la Fondation BNP Paribas est l’une des plus grosses fondations françaises. Pour autant, comme le rappelle Michel Pébereau, Président de la Fondation BNP Paribas, sa singularité tient plus à la qualité de son engagement qu’au nombre de projets ou au volume des fonds déployés :
« Nous sommes en effet une fondation qui considérons que l’argent n’est pas l’élément essentiel de son action. L’élément essentiel de son action, c’est de soutenir une personne, un collégien, un artiste. C’est cette idée là qui est une idée forte ».
Un soutient qui revêt bien des formes, comme on peut le lire dans cette lettre datée de 1995 et écrite par Martine Tridde-Mazloum, alors Déléguée générale de la Fondation Paribas :
« Dans quelques heures, le rideau va se lever sur l’Opéra royal de Versailles. J’ai le trac, comme si ce soir, je devais chanter le grand air de Didon. Mais tout va bien. Les ministres, les ambassadeurs et les présidents seront au rendez-vous.J’ai dû trouver hier un dentiste pour le premier Berger et ce matin, un ORL pour Enée qui ressentait quelques picotements dans la gorge au réveil ».
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