Six femmes qui ont marqué l’histoire de BNP Paribas Fortis

Mise à jour le : 16 Avr 2026
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Rosa Van Elegem (1965) - Archives historiques de BNP Paribas Fortis

L’intégration des femmes au sein de BNP Paribas Fortis n’a démarré qu’au tout début du XXe siècle, et il faudra attendre les années 1920 pour voir leurs tabliers prendre rang dans les effectifs de façon plus pérenne, notamment dans les services de dactylographie ou de mécanographie. De Paula Doms, première femme docteur en sciences physiques et mathématiques en Belgique et pionnière dans la Banque en 1901, aux femmes qui ont peu à peu investi les différents services, découvrez comment la place des femmes a évolué à travers ces six portraits.

Découvrez leurs portraits

Derrière chaque portrait se cache une femme qui a marqué l’histoire : cliquez sur les photographies pour les découvrir

Paula Doms (1901)


Paula Doms naît à Mons en juillet 1878. Vingt-deux ans plus tard, elle marque l’histoire belge en devenant la première femme à décrocher un doctorat en sciences physiques et mathématiques.

En janvier 1901, elle demande à pouvoir travailler à l’essai à la CGER. Elle est chaudement recommandée par son ancien professeur, Lucien Anspach, frère d’un directeur de la CGER.

Après un stage de cinq mois à l’actuariat, son supérieur rend un avis mitigé : « Mlle Doms a acquis les aptitudes nécessaires à la bonne exécution matérielle de ces travaux. Si elle n’a pas les qualités requises pour effectuer sans contrôle un travail ou une étude exigeant de l’initiative et de la sûreté dans le raisonnement, on doit reconnaître qu’elle possède de sérieuses qualités de précision et d’ordre et que sa bonne volonté et le degré de ses connaissances actuarielles lui permettent de rendre des services appréciables à l’actuariat ». Mais malgré ses réserves, il préconise sa titularisation.

De juillet 1901 à juillet 1904, elle porte le titre d’ « attachée » avec le traitement de 1 500 francs. Sa première appréciation ou « feuille de signalement », dressée en mars 1906, reconnaît qu’elle mérite une augmentation mais émet des réserves sur son sens de l’initiative. Elle est un très bon agent d’exécution mais on ne peut l’abandonner à elle-même pour mener des recherches spéciales. « Elle mérite d’être traitée comme un commis de deuxième classe de cette valeur ».

Elle est par la suite régulièrement augmentée : 2 900 francs en 1911, 3 175 francs en 1913. En février 1917, son chef note qu’ « à ses qualités d’ordre administratif, elle joint celles qui dérivent de ses études scientifiques » et qu’il les utilise à l’occasion. Paula Doms ne se destine cependant pas, selon lui, à un poste à responsabilité. Il déclare « Suivant une déclaration qu’elle m’a faite spontanément, Mlle Doms n’aspire pas à occuper à l’actuariat une situation hiérarchique qui la mettrait à la tête du personnel employé ». Son second chef, M. Laneau, se montrera par la suite nettement plus élogieux, vantant sa culture et sa précision.

En 1927, Paula Doms, estimant son salaire sous-évalué, demande une assimilation au grade de « chef de bureau ». La direction lui oppose un refus : les actuaires, « agents spéciaux », relèvent d’un statut hors cadre et sont traités comme la catégorie du personnel offrant le plus d’analogie avec leur situation particulière. En ce qui concerne Mlle Doms, son appréciation « très bon » l’assimile à un grade de « sous-chef de bureau ». Mlle Doms s’étonne alors de ne pas avoir obtenu la mention « très bon de premier ordre », qui lui aurait permis d’accéder à un salaire de chef de bureau. Il s’avérera que son chef « ignorait l’existence de la cote très bon de premier ordre. Dans le cas contraire, c’est cette dernière cote qu’il lui aurait attribuée ».

Il lui faudra attendre 1936 pour qu’elle obtienne enfin la cote « excellent », après des décennies de « très bon » puis « très bon de premier ordre ».

En 1938, son âge de départ à la retraite fait débat : doit-elle partir à 60 ans, comme les autres femmes employées, ou à 65 ans, comme les autres employés de son grade ? Finalement, c’est à 65 ans qu’elle sera admise à la retraite, en août 1943. Elle décédera le 17 novembre 1951.

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Julia VINCQ (1918)


À la suite de la Première Guerre mondiale, la Banque en manque de main d’œuvre engage du personnel féminin. C’est dans ce contexte que Julia Vincq, née à La Louvière en avril 1897, sera engagée par la Banque Générale du Centre (Banque patronnée par la Société Générale de Belgique) en décembre 1918 et affectée au service du courrier. Formée dans une école de commerce de sa ville, elle a travaillé pendant la guerre à la société coopérative des Magasins Communaux du Centre.

Une même politique de recrutement est menée aux sièges de la Banque. La CGER, qui ne comptait qu’une employée avant la guerre, embauche ainsi trois femmes comme dactylographes. Deux d’entre elles sont des veuves d’employés de la Caisse tombés au champ d’honneur.

La Société Générale de Belgique embauche quant à elle la veuve Albert Pesch pour un poste de téléphoniste en décembre 1918. Quelques semaines plus tard, la direction décide « de faire un essai et de réserver aux emplois à conférer un certain nombre de places à des femmes âgées de 21 ans au moins ». Près de 130 femmes sont alors embauchées durant l’année 1919, ce qui représente un septième du personnel total. Ces femmes ne bénéficient cependant pas des même conditions que les hommes, notamment en termes de salaire. Un ordre de service d’octobre 1919 fixe les règles : pendant leur stage, les employées touchent les mêmes indemnités que leurs homologues masculins, soit 200 francs par mois. Mais au terme de ce temps de probation, les appointements des employés masculins qui ont réussi l’examen d’entrée sont portés à 300 francs par mois alors que ceux des employées qui ont obtenu les mêmes résultats passent à 250 francs seulement.

La Banque prend également quelques précautions. En 1920, les employées de la Banque Belge pour l’Étranger, filiale de la Société Générale de Belgique, sont prévenues par ordre de service que la banque met « gracieusement » à leur disposition un tablier dont le port sera obligatoire.

Des dispositions similaires sont prises dans les autres banques du groupe de la Société Générale de Belgique à la même époque. L’objectif de ce cache-poussière : protéger les collègues masculins de toute manœuvre de coquetterie. Piètre consolation : les intéressées pourront choisir entre différents modèles imposés et une coupeuse se tiendra à leur disposition pour prendre leurs mesures !

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Jeanne Boey (1928)


Dans l’entre-deux-guerres, le nombre de femmes employées à la CGER est encore très faible : on en compte sept en 1922, quinze en 1931 et dix-huit en 1937.

Jeanne Boey, née à Buvingen dans le Limbourg en 1905, postule à la Banque en avril 1928. Elle travaille depuis l’âge de 19 ans mais veut entrer à la CGER pour « améliorer sa situation », car elle est soutien d’une famille nombreuse.

La Banque qui, à cette époque, engage des femmes dans tous les services, leur reconnaît néanmoins certaines spécialités et notamment tout ce qui concerne les travaux de dactylographie.

À la CGER, hommes et femmes ne travaillent pas ensemble durant l’entre-deux-guerres : les dactylographes sont séparées des hommes par une grande vitre.

En 1933, le Bureau International du Travail, organe dépendant de la Société des Nations, lance une enquête à l’échelle mondiale sur « les substitutions du travail des femmes au travail des hommes ». La CGER est approchée par le Ministère belge de l’Industrie du Travail qui explique qu’ « après la guerre, la dactylographie des correspondances, qui était assurée précédemment par du personnel masculin, a été confiée à des femmes ». À la question « l’activité féminine constitue-t-elle pour vos établissements un élément non remplaçable, indispensable ou simplement appréciable pour vos prospérités économiques ? », la direction de la CGER répond : « simplement appréciable ».

Un nombre croissant de jeunes femmes de 18 à 25 ans sont néanmoins embauchées par la CGER à partir des années 1930 pour faire fonctionner un parc sans cesse plus étendu de machines : machines à adresser, perforatrices, trieuses et machines à statistiques, tabulatrices, etc.

À partir des années de guerre, on confie aux femmes le travail d’encodage de cartes perforées. « La rapidité à atteindre n’est pas excessive : elle est en moyenne de 4 frappes par seconde, soit 240 par minute, 14 400 par heure, ce qui, à raison de 80 perforations par carte correspond à 180 cartes par heure. Beaucoup d’employées atteignent 200 cartes, soit 16 000 frappes par heure… ».

Le travail de mécanographie est routinier, fatiguant et pénible, notamment à cause du bruit des machines. Il ne requiert aucun sens de l’initiative mais exige une attention soutenue. Après quelques années de travail au sein d’un service de mécanographie, nombre de femmes demandent à être mutées dans d’autres services en raison de la tension nerveuse et du bruit. Un problème spécifique se pose pour les femmes enceintes : il n’est pourtant pas rare que des mécanographes continuent à travailler jusqu’au début du congé prénatal.

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Marie Bogaert (1957)


En 1953, les 221 postes de direction de la banque sont exclusivement occupés par des hommes et sur 966 cadres, on ne compte que 24 femmes ; une seule d’entre elles a accédé au grade de « chef de service » (à Courtrai).

En 1957, Marie Bogaert est la première femme élue au conseil d’entreprise de la Banque de la société générale de Belgique, instauré en 1950. Sur cette photo de 1966, deux autres femmes ont pris le relais : Mlle A. Plas et Mlle G. Verstraeten :

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Rosa Van Elegem (1965)


À la Banque, il faut attendre 1964 pour voir une femme nommée cadre de direction ; 1966 pour qu’une première femme soit attachée au service « gestion des crédits » du siège central ; 1967, pour que des agents féminins participent à un séminaire de « contact commercial » organisé par la banque.

Parmi ces pionnières, Rosa Van Elegem, entrée à la Générale de Banque en 1965 et nommée l’année suivante directrice d’agence. Lorsqu’elle s’ouvrit de ses ambitions à un sous-directeur, elle s’attira cette réponse cinglante : « Mais, ma petite fille, un bon directeur d’agence doit pouvoir régulièrement fumer un gros cigare et boire un bon cognac avec ses clients. Ce n’est pas la place d’une femme ! » Elle fut néanmoins nommée. Quelques semaines après sa prise de fonction, on lui téléphona pour lui annoncer que son fils était tombé sur la tête et vomissait. Rosa rentra immédiatement à la maison et l’ancien directeur de l’agence y alla de son commentaire : « Voilà ce qui arrive lorsqu’on engage une femme ». Mais une semaine plus tard, celui-ci prenait un demi-jour de congé pour passer au contrôle technique avec sa voiture. Rosa Van Elegem ne résista pas au plaisir de lui décocher : « Et voilà ce qui arrive lorsque le directeur d’agence est un homme ».

Rosa Van Elegem se souviendra de ce parcours lorsqu’elle devint Directrice du département Ressources Humaines de la banque… et première femme membre du comité de direction, en 1998 !

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Micheline Bruyninckx (1972)


En 1972, on compte 1 050 femmes sur 5 500  agents à la CGER (19%). Parmi elles, seulement deux femmes chef de bureau. L’une des rédactrices du journal d’entreprise de la CGER, Micheline Bruyninckx, entame une série d’articles sur les discriminations dont les femmes sont l’objet. Dans ses articles, elle déplore notamment le manque de perspective professionnelle offerte aux femmes et les attitudes sexistes qui orientent les femmes vers des activités offrant peu de débouchés. Elle dénonce aussi la résignation des femmes et regrette leur manque d’ambition, souvent conditionné par le rôle mixte de la femme, travailleuse et mère de famille. À la CGER, une seule femme a le grade de chef de service ! Elle encourage par ailleurs les femmes à suivre un maximum de formations.

Au même moment, un mouvement similaire est observé à la Société Générale de Banque. Dans la revue du personnel, la chroniqueuse Françoise Frapier pose la question de la reconnaissance professionnelle des femmes à la banque :

« Pourquoi tant de femmes acceptent-elles d’être les excellentes secrétaires d’excellents directeurs et pourquoi ne voit-on jamais l’inverse ? Pourquoi cette réticence masculine encore trop répandue quand il s’agit de recevoir des ordres d’une femme ? Pourquoi les femmes s’entendent-elles constamment reprocher les maternités par lesquelles elles assurent pourtant la pérennité de la société masculine qui les rejette ? »

Ces dénonciations et questionnements laissent entrevoir des changements imminents…

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De la mixité à l’équité : 50 ans d’avancées en quelques dates clés

La Société Générale de Banque décide de coproduire (avec la Commission européenne) un film de sensibilisation sur « L’égalité des chances ».

La Banque lance une commission sur l’égalité des chances

Un arrêté royal impose aux établissements publics – dont la CGER fait partie – d’élaborer un « plan d’égalité de chances », comprenant des mesures de promotion de la présence des femmes à tous les niveaux hiérarchiques.

Les femmes de la Banque obtiennent le droit de recevoir leur courrier, fiches de paiement et autres sous leurs propres noms et non sous le nom de leur mari.

Les ambassadeurs diversité de Fortis Banque se réunissent pour la première fois.

Le réseau des femmes ambitieuses de Fortis Banque se réunit pour la première fois.

Fortis Banque lance un module d’e-learning sur la diversité.

Le réseau MixCity Belgium est créé.

BNP Paribas Fortis lance un programme pilote « Women Got Talent » visant à augmenter le nombre de femmes dans le management.

L’évolution en quelques chiffres



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