L’accompagnement financier de Paz del Rio, un pari réussi

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Archives historiques BNP Paribas - Aciérie de Paz del Rio, rapport annuel 1957

Archives historiques BNP Paribas - Aciérie de Paz del Rio, rapport annuel 1957

À l’aube des années 1950, les pays européens sont gravement affaiblis par les deux guerres mondiales. Il est nécessaire de trouver de nouveaux marchés industriels, après s’être presque exclusivement consacré durant six ans à l’équipement militaire. Le projet de construction d’une usine sidérurgique à Paz del Rio, en Colombie, se dessine comme une belle opportunité. La Banque de Paris et des Pays Bas, sous l’impulsion de son directeur général Jean Reyre et du négociateur américain Richard S. Richards, va s’engager dans le financement de ce projet colossal, marqueur d’un renouveau pour la France.

Un projet d’envergure

Après la Seconde Guerre mondiale, la France se trouve confrontée à de vastes travaux de reconstruction. Dans le pays, de nombreux équipements ont été détruits et de 1939 à 1945, les efforts de l’industrie se sont concentrés sur la fabrication d’armes et de chars. Les progrès techniques ont été mis de côté. Le travail de reconstruction du pays achevé, il devient nécessaire aux industriels de trouver de nouvelles commandes et de nouveaux marchés. En 1948, une opportunité se présente. Depuis plusieurs années, le gouvernement colombien souhaite construire une sidérurgie nationale afin d’exploiter les précieux gisements de fer situés à l’Est du pays. Il lui est impératif de trouver des soutiens financiers. Les relations commerciales entre l’Amérique latine et l’Europe ont été interrompues par la Seconde Guerre mondiale et pendant cette période, la Colombie s’est rapprochée des Etats-Unis. Elle pense naturellement à cette puissance voisine pour accompagner financièrement la construction de l’usine. Mais c’est le blocage : les Etats-Unis assurent une large partie des importations sidérurgiques colombiennes  et n’entendent pas soutenir un projet laissant augurer une perte de marché. Au total, 25 millions de dollars sont nécessaires pour la construction de l’aciérie de Paz del Rio, un budget considérable pour l’époque.

Archives historiques BNP Paribas – Aciérie de Paz del Rio
Archives historiques BNP Paribas – Aciérie de Paz del Rio

Un marché à conquérir

Un homme clé intervient alors pour trouver une solution : Richard S. Richards, homme d’affaires américain ayant vécu en France. Le gérant de l’entreprise sidérurgique de Paz del Rio, Roberto Jaramillo, demande conseil à Richards, qui s’engage à trouver un financement en France où il est en contact avec des industriels travaillant sous licence américaine – un critère susceptible de rassurer les colombiens. En octobre 1949, Richards entre en contact avec l’entreprise française Delattre & Frouard. Avec la force de conviction qui lui est coutumière, Richards persuade ensuite Jean Reyre, directeur général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, de le suivre dans le projet Paz del Rio. La banque possède des intérêts importants chez Delattre & Frouard et avant même la Première Guerre mondiale, l’établissement est connu pour son positionnement à l’étranger. Or, le chantier de l’usine sidérurgique colombienne constitue une chance pour les exportations françaises, en attendant la réouverture du marché international.

Un montage financier audacieux

Au cours de l’année 1950, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD ou Banque mondiale), sous influence américaine, s’oppose au financement de l’aciérie de Paz del Rio. Pour diverses raisons, cela complique les négociations franco-colombiennes, alors que la concurrence allemande doit également être écartée. Jean Reyre propose une solution financière innovante, consistant en un crédit fournisseur sur cinq ans. Concrètement, il s’agit d’accorder un prêt en francs aux fournisseurs, qui répercutent à leur tour le prêt sur les acheteurs en accordant des facilités de paiement symétriques. Le financement se fait ainsi en amont du projet. La Banque de Paris et des Pays Bas et plus particulièrement Bernard de Margerie, directeur adjoint puis directeur dès 1952, mènent les négociations auprès de l’administration française et de la Compagnie française pour le commerce extérieur (COFACE). La couverture du risque d’augmentation des prix, intervenus en cours de réalisation du contrat, est l’une des garanties clés proposées par l’administration française. Un point essentiel, en regard du taux d’inflation enregistrée par la France à cette époque. La prise de risque est aussi répartie entre plusieurs banques, tandis que l’établissement de la rue d’Antin reste chef de file du financement.

Un emblème du développement à l’international

À la fin de 1950, les contrats sont signés : les constructeurs français Delattre & Frouard mais aussi Alsthom, Fives-Lille, Stein et Roubaix ou encore Batignolles-Châtillon s’organisent pour mener à bien le chantier, sous la houlette de Bernard de Margerie. L’usine sidérurgique de Paz del Rio est inaugurée en octobre 1954. Elle s’impose comme la vitrine internationale du savoir-faire français, méconnu en Amérique latine. L’opération témoigne du renouveau de la Banque de Paris et des Pays-Bas, qui a su réaliser le montage financier mais également assurer la coordination de l’ensemble du projet. Paz del Rio est enfin une victoire pour les dirigeants de la banque, capables de mobiliser des crédits en francs pour accompagner un projet de grande envergure, alors que le pays manquait de devises à l’issue de la guerre. Capables aussi d’identifier une opportunité permettant à l’industrie française de se relever, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Dossier réalisé avec le concours de l’Association pour l’histoire de BNP Paribas.

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