Le 2 Opéra, une banque au cœur de Paris et de son histoire

Mise à jour le : 14 Sep 2026
Agence 2 Opéra, juin 2023, Archives historiques BNP Paribas, 1FI51EL
Agence 2 Opéra, juin 2023, Archives historiques BNP Paribas, 1FI51EL

À l’angle de la place de l’Opéra, de l’avenue de l’Opéra et de la rue du Quatre-Septembre, le 2 Opéra s’impose comme une adresse majeure du paysage parisien. Derrière sa façade ordonnancée et sa rotonde d’angle, le bâtiment s’inscrit dans une histoire longue, au croisement des transformations urbaines, économiques et politiques qui ont marqué Paris et la France depuis le XIXe siècle.

Du siège d’une banque de dépôts du XIXe siècle au Centre Opéra de BNP Paribas Banque Privée, le 2 Opéra a changé de formes, d’usages et d’enseignes. Il a traversé les crises, les guerres, les réorganisations bancaires et les transformations de la relation client.
Depuis plus de 150 ans, cette adresse reste un lieu bancaire inscrit au cœur de Paris, au contact de la ville et de ses clients.

Un immeuble né du Paris haussmannien

L’immeuble naît dans le contexte du grand chantier haussmannien. Le décret du 29 septembre 1860 organise la création du nouveau quartier de l’Opéra, pensé comme l’un des centres du Paris moderne.

En 1868, le banquier Armand Donon confie à l’architecte Henri Blondel la construction du siège de la Société de dépôts et de comptes courants, au 2 place de l’Opéra.  Le projet s’inscrit dans les contraintes urbanistiques du quartier : gabarit imposé, alignement rigoureux, intégration harmonieuse à la place et à l’avenue.

Henri Blondel conçoit un bâtiment à la fois fonctionnel et prestigieux, avec un hall d’entrée monumental, un grand hall central couvert d’une verrière, des guichets, des bureaux et des appartements pour les dirigeants. Dès l’origine, le 2 Opéra est donc pensé comme un lieu bancaire visible, organisé pour accueillir le public et incarner la présence de la banque dans la ville.

La Société des dépôts et compte courants : une première histoire bancaire

En septembre 1869, la Société de dépôts et de comptes courants s’installe dans ses nouveaux locaux. Fondée en 1863 par Armand Donon, cette banque est spécialisée dans la collecte des dépôts, les comptes courants et les services bancaires aux particuliers comme aux entreprises. Elle participe à la modernisation du crédit sous le Second Empire. Le choix de l’adresse est stratégique. Situé au cœur du nouveau quartier de l’Opéra, l’immeuble donne à voir une institution bancaire moderne, visible et directement inscrite dans la dynamique économique du pays.

Cette première période s’interrompt brutalement au début des années 1890. La Société de dépôts et de comptes courants, engagée dans des opérations risquées, est emportée par une crise économique et fait faillite en 1891.

1892 : la reprise par le CNEP

Dès 1892, le Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP) reprend le bâtiment et y installe sa succursale parisienne.

Fondé en 1848 pour soutenir le commerce et l’industrie, le CNEP est alors solidement implanté dans les circuits économiques et internationaux. En s’installant au 2 Opéra, il bénéficie d’une visibilité exceptionnelle dans l’un des centres les plus actifs du Paris des affaires.

Le changement d’enseigne n’entraîne pas de rupture d’usage. Le bâtiment reste un lieu bancaire de premier plan, désormais intégré au réseau d’un grand établissement de la place parisienne.

À la Belle Époque, la succursale devient une vitrine de la banque. Elle propose notamment des services pour une clientèle variée, y compris étrangère : comptes pour clients internationaux, salon de documentation et d’exposition d’échantillons, bureau de poste intégré, agence de voyages.

Le 2 Opéra est alors à la fois une agence bancaire et un lieu de services, adapté à la vie économique et mondaine du quartier.

1918 : une façade patriotique au lendemain de la Grande Guerre

En 1918, dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale, la façade du 2 Opéra prend une nouvelle dimension : le CNEP y fait apposer une affiche monumentale intitulée Alsace-Lorraine, réalisée par Auguste Leroux et agrandie sur une toile de 6 mètres sur 4.

L’affiche est installée sur la rotonde, au niveau des premier et deuxième étages, accompagnée d’une bannière appelant à souscrire à l’Emprunt national.

La presse salue le dispositif. Le Monde illustré du 2 novembre 1918 écrit que « le Comptoir d’escompte, au coin de la place de l’Opéra, crie à tous, par ses affiches, le devoir patriotique du moment ».

Cette mise en scène s’inscrit dans les campagnes de souscription destinées à financer l’effort de guerre puis la reconstruction. Les banques sont alors sollicitées pour mobiliser l’épargne. En 1918, près de 4 000 personnes se rendent à la succursale du 2 Opéra pour souscrire à l’emprunt.

La façade devient ainsi le prolongement visible du rôle économique de la banque : collecter l’épargne et la transformer en financement.

1940-1944 : le 2 Opéra, de la Kommandantur à la Libération

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment change de fonction et de signification. De juin 1940 au 25 août 1944, la succursale du 2 Opéra est réquisitionnée par l’occupant allemand pour devenir le siège de la Kommandantur de Paris.

Sa situation, au cœur d’un quartier central et très exposé, en fait un lieu de commandement visible. L’ancien espace bancaire devient un symbole du pouvoir occupant dans la capitale.

Le 25 août 1944, lors de la Libération de Paris, les forces françaises attaquent la Kommandantur de la place de l’Opéra.

Les combats s’y déroulent jusqu’à la reddition des troupes allemandes. Les images de l’événement – prisonniers, foule rassemblée, vues prises depuis les balcons – témoignent de cette journée de bascule. Le 2 Opéra passe alors d’un lieu de commandement de l’Occupation à un espace reconquis.

Après-guerre : retour à la vocation bancaire

Après la guerre, le 2 Opéra retrouve sa vocation bancaire et demeure une succursale active, lieu d’accueil du public et d’opérations bancaires au cœur de Paris.

En 1954, d’importants travaux de modernisation sont réalisés dans l’agence. La verrière d’origine est supprimée et remplacée par une coupole en béton ajourée, qui diffuse une lumière plus abondante.

Le mobilier et les guichets anciens cèdent la place à des aménagements contemporains.

Du CNEP à BNP Paribas : la continuité bancaire

En 1966, la fusion du CNEP avec la Banque nationale pour le commerce et l’industrie (BNCI) donne naissance à la Banque nationale de Paris (BNP). Cette réforme vise à renforcer la solidité et la capacité d’action des grandes banques françaises. Le 2 Opéra s’inscrit dans cette nouvelle organisation comme une agence emblématique, à la fois point de contact avec la clientèle et relais local d’un groupe bancaire désormais structuré à grande échelle.

En 2000, la fusion de la BNP avec Paribas marque une nouvelle étape et donne naissance à BNP Paribas. À travers ces transformations institutionnelles, le 2 Opéra conserve sa fonction : un lieu bancaire actif, au cœur de la ville, en lien direct avec ses clients.

Le concept Store : une intuition ancienne réinventée

En 2010, BNP Paribas inaugure au 2 Opéra le Concept Store “2 Opéra”, installé dans l’ancienne succursale. Le lieu s’ouvre à de nouveaux usages : accueil, information, échanges, événements, découverte de services et expérimentation de nouvelles formes de relation avec le public.

Cette démarche prolonge une intuition déjà présente dans les années 1970, avec l’agence des Champs-Élysées, conçue comme un espace d’information et de pédagogie bancaire. Il s’agissait déjà de dépasser la logique du guichet pour proposer un lieu où l’on vient comprendre, échanger et s’informer. Le Concept Store du 2 Opéra reprend cette ambition dans un contexte contemporain. Il adapte l’agence aux nouvelles attentes des clients et aux transformations du métier bancaire.

Aujourd’hui, le site est le Centre Opéra de BNP Paribas Banque Privée. Il accueille une clientèle à la recherche de services à forte valeur ajoutée, dans un lieu qui conjugue héritage architectural et exigences contemporaines.


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