Un banquier dans la guerre secrète : Jacques Allier

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En 1940, grâce à ses liens professionnels avec la Norvège, Jacques Allier participe à l’une des histoires les plus extraordinaires de la guerre secrète : la bataille de l’eau lourde.

Docteur en droit, diplômé de l’École libre des sciences politiques, Jacques Allier entre en janvier 1923 à la Banque de Paris et des Pays-Bas, au secrétariat de Louis Wibratte, directeur du département technique. Puis, fondé de pouvoir, il est – entre autres – chargé des relations avec la Société norvégienne de l’azote, également appelée Norsk Hydro.
En 1939, il est mobilisé au service des Poudres en tant qu’officier de réserve et est membre du « deuxième bureau » chargé du renseignement. Très vite, il est détaché au cabinet de Raoul Dautry, alors ministre de l’Armement.

Au cœur de la bataille de l’eau lourde

Norsk Hydro, que la Banque de Paris et des Pays-Bas avait contribué à créer en 1905 avec le groupe Wallenberg, s’était lancée dans la production d’eau lourde (oxyde de deutérium) pour des laboratoires de recherche sur le cancer. En 1939, le professeur Frédéric Joliot-Curie, directeur du laboratoire de chimie nucléaire du Collège de France, met en évidence l’utilisation de l’eau lourde comme modérateur dans le processus de libération de l’énergie atomique. Au cours des mois suivants, Français et Allemands se livrent une lutte sans merci pour mettre la main sur le stock d’eau lourde détenu par Norsk Hydro.

En février 1940, Raoul Dautry fait appel à Jacques Allier. Il le charge de négocier secrètement le stock d’eau lourde disponible (185 kg), puis de le transporter. Axel Aubert, directeur général de Norsk Hydro, favorable aux intérêts français, accepte immédiatement les propositions qui lui sont faites. C’est ainsi que le précieux produit est expédié en France via l’Ecosse au nez et à la barbe des Allemands. Puis, devant l’invasion allemande en juin 1940, il est évacué vers l’Angleterre. En décembre 1940, les deux savants Halban et Kowarski, collaborateurs de Joliot-Curie également évacués vers l’Angleterre, prouvent, grâce à l’eau lourde, qu’il est possible d’obtenir une réaction en chaîne de la fission de l’atome.

En 1948, Jacques Allier et ses coéquipiers, ont été amenés à jouer leur propre rôle dans le film La bataille de l’eau lourde, réalisé par Jean Dréville.

Un lien fort avec la Norvège

Après la guerre, Jacques Allier devient directeur-adjoint de la Banque de Paris et des Pays-Bas (1945-1965), président de la chambre de commerce franco-norvégienne (1960-1967) et chargé de mission auprès du Commissariat à l’énergie atomique. Devenu vice-président de Norsk Hydro (1959-1971), il obtient un contrat en faveur d’Elf-Aquitaine et de la Compagnie française des pétroles pour la recherche d’hydrocarbures en Mer du Nord. Des opérations qui permettront à la Banque de Paris et des Pays-Bas de prendre une place importante dans les crédits à l’exportation accordés pour le développement de ces champs pétrolifères.

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