Un Hold-up extraordinaire à l’agence de Lannion
En cette période trouble qu’est la Seconde Guerre mondiale, les actes de résistance peuvent revêtir différentes formes. Nos banques ancêtres en ont été témoin par l’intermédiaire d’actions individuelles et collectives. Certaines restent dans l’ombre un peu plus longtemps que d’autres. Jusqu’au jour où une archive offre une nouvelle histoire à découvrir.
Une note interne retrouvée dans les archives de la Banque de Bretagne nous présente le récit suivant.
Le Hold-up débute avec le déclic des mitraillettes
Ce mardi 25 avril 1944 débute comme tous les autres jours pour les employés de l’agence de la Banque de Bretagne à Lannion. Lorsqu’à 10h20, son activité s’arrête avec l’irruption de quatre jeunes gens armés de pistolets et de mitraillettes.
Une arme est pointée sur la tête du directeur, M Pape, afin que les coffres et les caisses soient ouverts (nous connaissons son nom grâce au rapport du Conseil d’Administration du 26 mai 1945, cote 104AH093). Tout le monde sait ce qu’il a à faire : les braqueurs sont organisés, les employés de banque sont formés.
Le directeur ne perd ni son sang-froid ni son humour. Il répond à l’injonction « L’argent et tout de suite ! » du braqueur en s’exclamant « Ah ! Vous voilà messieurs ! ». Son objectif est simple : protéger les 50 000Frcs se trouvant dans une grande caisse et le stock de Bons au Trésor. Aidé du trésorier et de sa fille, il met tout en œuvre pour que les fouilles des braqueurs ne passent pas par ces deux cachettes.

Des discussions s’engagent
Sous la menace des braqueurs, la fille du directeur obéit. Elle place les 40 000 Frcs de la caisse principale dans les serviettes à double compartiment des voleurs. Le butin est maigre. L’un des malfrats s’exclame « Vous ne me ferez tout de même pas croire qu’une banque n’a que cela en caisse ! […] Mais, et ce grand coffre, il contient de l’argent, ouvrez-le de suite ! ». Le directeur explique qu’il s’agit des coffres de location dont seuls les locataires détiennent les clés. Les voleurs observent tout et veulent finir leur fouille. Ils se dirigent vers les 2 cachettes que le directeur ne veut pas voir découvertes. C’est alors que le chauffeur des braqueurs entre dans l’agence en lançant « La voiture est prête ».


Le directeur lance alors « Sachez bien que l’argent que vous emporté est volé aux déposants qui nous l’ont confié. Cet argent ne nous appartient pas. » L’un des voleurs répond que « l’Etat remboursera » mais le directeur précise « l’Etat ne nous remboursera pas un centime. Notre Banque est une société privée n’ayant rien à voir avec l’Etat. Notre Conseil d’Administration est composé de personnalités de la région dont voici la liste [il leur tend la liste des membres du CA] et nos capitaux appartiennent à nos clients et à nos actionnaires. Je vous jure que je vous dis vrai. »
Cette phrase détonne comme une grenade envoyée aux braqueurs

Et, contre toute attente, l’un des braqueurs, le seul a porter un masque, donne alors l’ordre aux autres de rendre l’argent (le directeur suppose qu’il s’agit du chef de la bande). Pendant que l’argent est sorti des serviettes, le braqueur masqué rédige un petit mot sur un journal présent sur le guichet : « IL Y A ERREUR, MILLE EXCUSES ! »
Mot d’excuse rédigé sur un journal du guichet, Archives historiques BNP Paribas
Constatant qu’ils ne volaient pas l’argent d’une banque gérée par le régime de Vichy, les braqueurs s’excusent et repartent les mains vides. Le directeur leur demande de « prévenir leurs camarades que la Banque de Bretagne est une banque privée et non une caisse de l’Etat afin d’éviter de pareilles méprises » à l’avenir. Se tournant vers lui, l’un des malfrats soulève le revers de sa veste et, dévoilant un ruban tricolore, lui dit « Nous ne sommes pas des bandits, nous sommes des patriotes. »
Voici la déclaration intégrale réalisée par le directeur de l’agence de Lannion. Cette note s’adresse à la direction de la Banque de Bretagne. Notons une petite erreur de mois certainement faite lors de la retranscription. En effet, le mot d’excuse a été rédigé sur un journal datant du 25 avril 1944, la déclaration est donc d’avril.
