Il était une fois dans l’Ouest : la Banque de Bretagne

Mise à jour le : 28 Oct 2026
Agence de Dinard
Agence de Dinard © Région Bretagne, Inventaire général, Artur, Guy, 1997 (Banque Jules Boutin, puis banque de Bretagne – Photothèque Inventaire – Région Bretagne)

À la veille de la Première Guerre mondiale, sous l’impulsion de la Banque de France, onze banquiers bretons se mobilisent pour donner à leur région les moyens de son développement économique. Leur projet ? Créer un organisme de réescompte, capable de financer les activités commerciales et industrielles locales. Le 1er septembre 1909, la Banque de Bretagne, forte d’un capital de 1,5 million de francs, ouvre ses portes à Rennes. Première banque privée de la région, elle incarne dès ses débuts une volonté : accompagner la croissance de la Bretagne et de ses entrepreneurs. 

Les débuts d’une épopée bancaire régionale

C’est dans un contexte marqué par la faillite de la banque Vatar en 1908 que la Banque de France, désireuse de réorganiser les circuits de crédit en Bretagne, va soutenir la création d’une banque permettant d’apporter à la région cet appui local.

Ses fondateurs, 11 banquiers issus des quatre départements bretons, comptent parmi eux une femme : Marie-Emilie Béraud

Leur union témoigne d’une volonté fédératrice pour doter la région d’un outil bancaire moderne, capable de résister aux crises comme celle, déjà pressentie en 1909, qui frappe le secteur agroalimentaire breton.

Sous la présidence d’Alphonse Bitouzé et la direction de Paul-Augustin Lefol, la banque entame une croissance prudente, d’abord concentrée en Ille-et-Vilaine.

Entre 1920 et 1945, la Banque de Bretagne se transforme en un acteur régional majeur. Elle étend progressivement son réseau en absorbant des banques locales, notamment en lien avec les fondateurs de la Banque de Bretagne, et ouvre de nouvelles agences dans les Côtes-d’Armor et le Morbihan.

Malgré la crise de 1929, elle renforce sa présence, notamment dans la région malouine, en reprenant des agences du Crédit Industriel et Commercial (1932).

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Banque de Bretagne compte 21 agences. En 1944, son siège social, situé à Rennes quai Lamartine, est gravement endommagé lors des bombardements qui frappent la ville.

Des banquiers de terrain en soutien aux entreprises bretonnes

Après la Libération, la Banque de Bretagne se relève rapidement et poursuit sa politique d’absorption de banques locales, comme la Banque de Villeneuve (1944) ou les Banques René Loyer (1948).

En 1949, pour son cinquantenaire, elle affiche un capital de 70 millions d’anciens francs et joue un rôle clé dans le financement des PME bretonnes, notamment dans l’agroalimentaire, en accompagnant des entrepreneurs comme Daniel Roullier (Saint-Malo), Yves Rocher (La Gacilly), Lucien Bigard (Quimperlé), ou encore Charles Doux (Châteaulin).

Quelques success stories bretonnes soutenues par la Banque de Bretagne dans les années 1950 :

Yves Rocher

Picto Savon

Originaire de La Gacilly, Monsieur Rocher est avant tout un homme visionnaire et fabrique ses premières crèmes à base de racines de ficaire dans la cuisine de sa mère.
L’histoire de M. Rocher

Bigard

Picto Steak

Après avoir travaillé aux Halles de Paris dans les années 1950, Lucien Bigard démarre son activité de commerce de viande en 1958 à Quimperlé dans le Finistère.
L’histoire de Bigard

Doux

Picto Poulet

Pierre Doux démarre une activité de négoce de poulet dans le grand Ouest français en 1933 et fonde l’entreprise qui portera son nom en 1955.
L’histoire de Doux

Lactalis

Picto Lait

L’entreprise naît à Laval en 1933 avec la fabrication de camemberts puis se développe en 1955 avec le beurre, la crème fraîche et le lait de consommation.
L’histoire de Lactalis

Durant cette période, la banque étend son réseau dans le Finistère (Brest, Morlaix) et ouvre même une agence dans le quartier breton de Paris-Montparnasse (1968). Son modèle, fondé sur la proximité avec les entrepreneurs locaux et une connaissance fine du territoire, lui permet de prospérer.

De la nationalisation à l’intégration dans BNP Paribas

La nationalisation de 1982 marque un tournant décisif pour la Banque de Bretagne. Sous l’égide de l’État, elle perd son statut de banque privée et voit son identité profondément transformée. Jean Rouyer, président depuis près de trente ans et figure emblématique de l’établissement, est contraint de quitter ses fonctions, remplacé par des dirigeants nommés par les pouvoirs publics. Cette période est marquée par une instabilité managériale : en l’espace de quelques années, la banque connaît plusieurs changements de direction, avec des profils souvent extérieurs au monde bancaire breton, voire sans expérience bancaire avérée. 

Ce n’est qu’en 1986 qu’un retour à une forme de stabilité s’amorce avec la nomination de Xavier de Villeneuve à la présidence. Descendant de l’un des fondateurs de la Banque de Bretagne, profondément attaché à l’institution, il incarne à la fois la mémoire historique de la banque et une volonté de redressement. Sous son impulsion, la Banque de Bretagne bénéficie d’une augmentation de capital de 140 millions de francs en 1989, financée par l’État, afin de restaurer sa solidité financière. Pourtant, malgré ces efforts, son avenir reste incertain.

En 1989, dans un contexte de privatisations et de recomposition du paysage bancaire français, BNP, dirigée par René Thomas, manifeste son intérêt pour la reprise de la Banque de Bretagne. Les négociations aboutissent rapidement : BNP y voit l’opportunité de renforcer sa présence en région.

Un nouveau logo et un slogan : « Entrez, le monde est grand ouvert »

Sous la direction de Patrick De Villepin, alors PDG de la Banque de Bretagne entre 1997 et 2002, la refonte de l’identité visuelle de la banque en 2000 introduit un logo aux lignes épurées, où les initiales suggèrent le mouvement des mouettes et des goélands. Ce travail, mené par le designer Laurent Vincenti (agence TOP/COM), partage une esthétique commune avec le logo BNP Paribas, notamment sa courbe d’envol en forme d’hirondelle, également conçu en 2000.

Malgré le succès de sa nouvelle identité visuelle, le modèle de la Banque de Bretagne devient fragile face à la concurrence des grands groupes bancaires.

En 2010, BNP Paribas annonce le rapprochement de ses deux réseaux bretons, et le 12 mai 2012, la Banque de Bretagne disparaît officiellement en tant qu’entité indépendante pour former un nouvel ensemble : BNP Paribas – Banque de Bretagne. 1200 collaborateurs et 280 000 clients sont concernés.

Les bénéfices pour les clients : disposer des services de la gamme assurances, assurance auto ou habitation ou encore des services bancaires mobile et internet.

Les bénéfices pour les entreprises : disposer d’une offre complète de produits et services et d’un accompagnement global plus important. Ils peuvent par exemple envisager des solutions centralisées de cash management, ou encore des investissements immobiliers à l’étranger via la Banque Privée.

En un siècle, onze présidents se seront succédé à sa tête. Son histoire restera celle d’une banque régionale unique, qui aura manqué d’un réseau mutualisé pour pérenniser son modèle. Elle demeure, à ce jour, la seule banque régionale ayant intégré le groupe BNP Paribas en France.


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