Jacques de Fouchier et l’art d’entreprendre

Mise à jour le : 16 Avr 2026
Visuel Bio Jacques De Fouchier
Portrait de Jacques de Fouchier - Archives historiques de BNP Paribas (10Fi140)

Alors que son milieu et sa formation le prédisposaient à un parcours plus classique et conventionnel, Jacques de Fouchier, guidé par son cœur, son instinct et son goût de l’improbable, a réalisé une carrière hors des sentiers battus. Visionnaire dès les années d’après-guerre, il a anticipé les immenses besoins des Français pour se loger, équiper leurs logements et leurs entreprises, et a ainsi créé l’un des plus grands groupes financiers de son époque. L’accélération du développement international de Paribas à travers son réseau se fera également sous son impulsion.

Le parcours d’un homme libre

Jacques de Fouchier naît le 18 juin 1911, au Pecq. Son père est Président de chambre à la Cour des Comptes. Jacques de Fouchier poursuit ses études à Louis Le Grand, puis à la Faculté de lettres et de droit de Paris et à l’École libre des sciences politiques. Il se marie très jeune ; de cette union naîtront 6 enfants. Il commence sa carrière en 1934 dans l’administration, comme Inspecteur des Finances puis en 1942 comme directeur adjoint à la Direction des relations économiques extérieures (CREE).

Pendant la guerre, Jacques de Fouchier exerce ce qu’il appellera plus tard dans l’un de ses livres « le plus beau des commandements militaires, celui de capitaine à la tête d’une unité en campagne ». Constatant les énormes besoins en financement des entreprises après la guerre, Jacques de Fouchier crée dès 1946 l’UFEFE (Union financière des entreprises françaises et étrangères) afin de financer des importations de matières premières indispensables. Le succès vient rapidement.

En1950, l’UFEFE devient I’UFB (Union française des banques). Puis naissent l’UCB, Cetelem, l’APEC 1%, la CFEC, la Ségécé. « Ces sociétés se sont développées comme des champignons, dira Jacques de Fouchier. J’ai donc proposé aux actionnaires d’apporter leurs titres à une société holding. » C’est la Compagnie bancaire, qui voit le jour en 1959, et dont il prend la présidence. Très vite vient le soutien de la puissante Banque de Paris et des Pays-Bas, qui accepte d’être le chef de file du groupe d’actionnaires constitué autour de la Compagnie bancaire. Et, en 1969, Jacques de Fouchier est naturellement porté à la présidence du Groupe Paribas, siège qu’il occupe pendant dix années, avant de prendre une retraite active.

De la vision à l’action : l’histoire du Cetelem

Dans la France d’après-guerre, les usines rouvrent, la production s’organise et s’intensifie. L’appareil de production se reconstitue mais se pose le problème des débouchés : les Français n’ont pas assez d’argent, ils se privent ou se font faire un escompte par les commerçants. En 1952, la France ne compte que 100 000 réfrigérateurs et 20 000 machines à laver. 7 % seulement des familles sont équipées.

Jacques de Fouchier, qui a créé en septembre 1946 l’UFEFE (future Union française des banques), missionne en octobre 1952 un de ses proches collaborateurs, Boris Mera, pour étudier outre-Atlantique le financement des ventes à crédit et les possibilités d’adaptation à la France. Car les États-Unis ont sur ce terrain une longueur d’avance. De retour en France, Boris Mera confirme à Jacques de Fouchier la pertinence de son idée : aux États-Unis, le crédit à la consommation est un succès, mais précise qu’« on ne peut transposer le système en France sans discernement ni réserve ».

Le 9 janvier 1953, Jacques de Fouchier définit dans un rapport les modalités d’intervention de Cetelem (Crédit pour l’équipement électroménager) et les rapports entre acheteurs, distributeurs, constructeurs et Cetelem. Le 6 mai 1953, Cetelem voit le jour : un nouveau métier est né en France.

Café Projet

Du rêve de cuisine équipée au crédit à la consommation : Cetelem au Salon des arts ménagers

Nous sommes à Paris en 1955. M. et Mme André, un couple de trentenaires, se pressent vers le Grand Palais pour y découvrir les dernières merveilles du Salon des arts ménagers. À cette époque, on rêve de la cuisine toute équipée : réfrigérateur, cuisinière à gaz, moulin à café… Mais comment financer ces achats, à une époque où un réfrigérateur coûte l’équivalent de six mois de salaire ?

Une envergure peu commune

Au-delà du cercle de la Compagnie bancaire et de Paribas, Jacques de Fouchier est très influent dans le monde de la finance et de la politique : il siège à de nombreux conseils (Crédit national, Crédit foncier de France, Gervais Danone, Schlumberger, Xerox, Thomson-Brandt, Compagnie française des pétroles, etc…) et préside notamment la Fondation pour la recherche médicale.

Un moment tenté par une carrière littéraire, il y renonce pour des raisons familiales et financières. La littérature restera cependant toujours sa passion et son regret, et il publiera trois ouvrages : « Le goût de l’Improbable », « La Banque et la Vie », « Euphorismes ».

Il a donné son nom au Prix Jacques de Fouchier à l’Académie française, qui chaque année depuis 1998 récompense l’ouvrage ou l’œuvre remarquable par son sujet, sa composition, son style, d’un auteur non écrivain. 

Medaillon Jacques De Fouchier

« La renommée littéraire et les lauriers académiques ont été, depuis l’adolescence, ma véritable ambition. La responsabilité en incombe à l’Académie Française elle-même. Elle me fit, en effet, gagner à l’âge de seize ans les premiers 500 francs de ma vie, 500 francs de l’époque, en m’attribuant un prix de poésie. Faute du talent nécessaire aux créations littéraires dont je rêvais alors, c’est vers la création d’entreprises nouvelles que je me suis en fin de compte orienté. »

Extrait de l’allocution de M. de FOUCHIER à l’occasion de la remise du « Prix du Meilleur Rapport 1963 décerné à la Compagnie bancaire – Archives historiques de BNP Paribas (FRAHBNPP_PER32_001)

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