Eugène Goüin, financier de la Belle Époque

1818-1909

Portrait d'Eugène Goüin (1818-1909) par Aimé Morot © Archives historiques BNP Paribas

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Alexandre Gouïn, père d'Eugène Goüin, lithogr. d'après nature par Patout, signature autographe

Alexandre Gouïn, père d’Eugène Goüin, lithogr. de Patout, signature autographe © Arch. dép. Indre-et-Loire.

Cet homme à la grande moustache blanche, c’est Eugène Goüin, l’un des pères fondateurs de la Banque de Paris et des Pays-Bas. Caricaturé par la presse comme le type même du banquier et du grand bourgeois libéral, Eugène Goüin apparaît dans ses écrits et ses actions comme un homme sage et avisé, dans la lignée de son père, Alexandre Goüin (1792-1872), polytechnicien, député d’Indre-et-Loire (1831), ministre du Commerce du Cabinet de Thiers (1840), directeur de la Caisse générale du Commerce et de l’Industrie à la suite de Jacques Laffitte (1844), et administrateur de la Compagnie de Paris-Orléans.

 

Une célébrité tourangelle…

Commerçants, entrepreneurs ou banquiers, les Goüin sont aussi des hommes politiques à la personnalité affirmée, intégrés dans l’administration centrale et locale. Eugène Goüin a pour lui la renommée d’une dynastie engagée à Tours dès la fin du règne de Louis XIV dans le négoce des draps. Entré dans la banque aux côtés de son père à l’âge de 21 ans, il prend en 1845 la direction de la maison de banque familiale fondée en 1714.

Hôtel Gouïn

L’Hôtel Gouïn à Tours, carte postale coloriée © Arch. dép. Indre-et-Loire

Appelée à l’origine Goüin Frères de Tours, décrite par Louis Bergeron dans Les capitalistes en France (1780-1914) comme une « fausse banque locale », cette institution est étroitement liée aux milieux parisiens pour le développement de ses affaires à l’échelle nationale et internationale.
Réputé pour son goût de l’étude et son esprit d’analyse, Eugène Goüin est marqué comme beaucoup d’hommes de sa génération et de son milieu par une vision providentielle des événements. Président de la chambre du Commerce de Tours, il donne son avis sur les causes de la crise monétaire de 1863-1864 : l’augmentation considérable du volume de la monnaie métallique suite à la découverte des mines californiennes et australiennes aurait été miraculeusement compensée par la construction d’immenses réseaux de chemins de fer. Sa conclusion appelle spéculateurs, entrepreneurs et autres investisseurs à la prudence :

C’est notre conviction, que les capitaux ont besoin de se reconstituer, et que, pour cela, il faut calmer la fièvre des travaux et des grandes entreprises, au lieu de la surexciter. (Rapport à la Chambre de commerce de Tours, 1865)

Pendant la guerre de 1870, Eugène Goüin, député d’Indre-et-Loire et sénateur, se distingue par une attitude exemplaire et digne, alors que les troupes prussiennes sillonnent le département. Nommé provisoirement maire de Tours, il fait partie du Comité de défense de la ville.

… à l’origine de la Banque de Paris et des Pays-Bas

Dès l’année 1869, Eugène Goüin s’était associé à de riches particuliers, Adrien Delahante, Edmond Joubert, Henri Cernuschi, versés comme lui dans le commerce de banque, pour créer une petite banque d’affaires, la Banque de Paris. Cette banque fusionne quelques années plus tard en 1872 avec la Banque de Crédit et de dépôt des Pays-Bas pour donner naissance à la Banque de Paris et des Pays-Bas, destinée à financer l’indemnité de guerre imposée par la Prusse, et à soutenir le développement industriel et la modernisation du pays.
Au sein du « collège des sept », Eugène Goüin soutient la société de construction des Batignolles, fondée en 1846 par son cousin Ernest Goüin pour la fabrication de locomotives puis de machines utilisées dans l’industrie textile. Avec le Comptoir national d’Escompte, c’est la Banque de Paris et des Pays-Bas qui achète et place des actions de la Compagnie de chemin de fer Bône-Guelma, filiale de la société des Batignolles créée en 1875.

Eugène Goüin, par AS, lithographie à la une du journal "Nos financiers en robe de chambre : revue biographique et critique", 3e année n°1, 6 janvier 1891 © Association pour l'histoire de BNP Paribas

Eugène Goüin, par AS, lithographie à la une du journal « Nos financiers en robe de chambre : revue biographique et critique », 3e année n°1, 6 janvier 1891 © Association pour l’histoire de BNP Paribas

Un président avisé pour la Banque de Paris et des Pays-Bas (1895-1909)

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Estampe anonyme [années 1890-1900] © Archives départementales d’Indre-et-Loire

La Banque de Paris et des Pays-Bas a longtemps été administrée de façon collégiale, et ce n’est qu’en 1876 que le conseil se donne un président, Ernest Dutilleul. Eugène Goüin, nommé président de la Banque de Paris et des Pays-Bas en 1895, fait de cette maison la première banque d’affaires du pays et honore les grands emprunts d’Etat : Grèce (1898), Maroc (1902), Russie, Uruguay (1905), mettant même à contribution sa fortune personnelle.

Initiateur de la mission Finaly au Japon

Après deux siècles d’isolement, le Japon s’ouvre à l’Occident dans la deuxième moitié du XIXe siècle. La fin de la guerre russo-japonaise en 1905 et la signature d’un traité franco-japonais en 1907 font entrer l’archipel dans le concert des nations. En juin 1907, Eugène Goüin décide d’y envoyer en mission Horace Finaly, alors sous-directeur de la banque accompagné de son petit-fils André Goüin et d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, Louis Godard. Leur riche correspondance, conservée dans les archives, témoigne autant des qualités de diplomate, d’économiste et de stratège d’Horace Finaly que de l’estime mutuelle qui unit les deux hommes :

Finaly a tout étudié, et la manière claire et logique dont il présente son étude nous a tous considérablement intéressés […] on voit deux choses :
1° Que le Japon aura pendant quelques années encore grand besoin des capitaux français.
2° Que rien a priori n’empêcherait la France, la Banque de Paris en tête, de faire pour le Japon ce qu’elle a fait pour la Bulgarie, il y a sept ans, et ce qui a si bien réussi aux finances de ce pays ami. (Lettre d’Eugène Goüin à son petit-fils André, Paris, 5 octobre 1907)

Conseiller clairvoyant pour ses proches

Dans la même lettre, le vieil homme confie ses doutes, suspendu aux nouvelles des courriers sans pouvoir faire son idée à l’expérience de terrain :

Quand je t’écris, je suis obligé de rester toujours dans le vague, je suis comme quelqu’un qui s’avance dans la nuit sur un torrent qu’il ne connaît pas. Il tâtonne avant de mettre le pied quelque part. Peu à peu, il reprend confiance. L’obscurité est moins grande et en somme il finit par se tirer d’affaire. Moi je suis dans l’obscurité complète. Espérons que toi dans quelques temps tu verras plus clair. (Ibidem)

Qu’à cela ne tienne. Son petit-fils sera ses yeux et ses oreilles. Pour faire connaissance des pratiques japonaises en matière bancaire, Eugène Goüin le fait admettre dans la First Bank Ltd., l’un des établissements financiers les plus prospères du pays, fondé en septembre 1873 par le Baron Shibusawa.

Lettre d'Eugène Goüin au baron Shibusawa, Président de la First bank, Tokyo, le 24 octobre 1907 - Archives historiques de BNP Paribas

Lettre d’Eugène Goüin au baron Shibusawa, Président de la First bank, Tokyo, le 24 octobre 1907 © Archives historiques de BNP Paribas

Mais l’enquête s’avère difficile :

La tournure d’esprit des Japonais ne ressemblant en rien à la nôtre, les explications qui donnent s’en ressentent et il faut beaucoup de tact, de patience pour arriver à éclaircir certains points dont je ne puis me rendre compte par moi-même, puisque je ne puis ni lire, ni parler leur langue. (Lettre d’André Goüin à son grand-père Eugène Goüin, Tokyo, le 8 décembre 1907)

André Goüin quitte le Japon le 15 mai 1908, huit mois après Horace Finaly, parti le 30 décembre 1907. La bonne volonté de ces premiers visiteurs, et les espoirs suscités par l’idée d’une coopération franco-japonaise ne sont pas suivis d’effet. La Banque de Paris et des Pays-Bas ne s’implante au Pays du Soleil-Levant qu’en 1976 (avec un bureau de représentation à Tokyo). Au plan individuel toutefois, cette expérience aura propulsé la carrière d’Horace Finaly. Le conseil ratifie en 1909 sa nomination en qualité de directeur par Eugène Goüin, qui place sous ses ordres son petit-fils André. Ainsi, la banque restait en famille !

 

Eugène Goüin, dernier survivant des fondateurs de la banque, s’éteint dans son hôtel particulier de la rue de Lisbonne à Paris le 31 mai 1909. Il aura incarné jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale l’héritage d’une grande banque familiale, étroitement liée aux milieux politico-financiers parisiens. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en mai 1918, devant la contre-offensive allemande, les titres de la Banque de Paris et des Pays-Bas ont été mis à l’abri en Touraine dans l’une des propriétés de la famille Goüin.

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Jean Lemierre Jean Lemierre,
Président
du Groupe BNP Paribas