Emile Ullmann, le banquier trop allemand

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Brillant banquier du Comptoir national d’escompte de Paris, Emile Ullmann fut forcé de quitter la banque en 1916 du fait de ses origines allemandes.

Une carrière exemplaire…

Emile Ullmann est né à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, le 26 février 1854. Il débute comme employé en 1873 à la Banque belge du commerce et de l’industrie, puis entre comme auxiliaire à l’agence de Bruxelles du Comptoir d’escompte de Paris en 1873. Il est nommé à sa demande à Paris en 1875 où il devient arbitragiste, l’équivalent d’un moderne trader. Sa science des marchés financiers le conduit au poste de chef de la division de l’Etranger en 1882. Il devient secrétaire général de la banque en 1890, puis, en 1902, premier directeur en charge des « affaires financières et des opérations générales du Comptoir ». Au côté de Paul Boyer, en charge de l’exploitation du siège de Paris, il seconde Alexis Rostand, le directeur général qui a remis le Comptoir sur pieds à partir de 1889. Ullmann participe notamment aux négociations des grands emprunts d’Etats étrangers et voyage souvent à travers l’Europe. La consécration arrive en 1905 lorsqu’il est nommé membre du conseil d’administration de la banque, tout en restant directeur. Rostand le considère comme « le plus habile financier de Paris » et, dans le livre que l’Allemand Eugen Kaufmann écrit en 1914 sur les banques en France, Ullmann est désigné comme la personne la plus influente du Comptoir et l’artisan de son essor récent.

 …stoppée par la Première Guerre mondiale

Emile Ullmann devient vice-président du Comptoir national d’escompte en 1908 et pourrait prétendre à la succession d’Alexis Rostand devenu président. Mais la guerre éclate en 1914. La France vit dans un climat d’espionnite, l’opinion est violemment anti-allemande ; alors que des commerçants ou industriels d’origine allemande sont pris à partie, une violente campagne calomnieuse orchestrée en 1915 par l’Action française et Léon Daudet vise Emile Ullmann et l’accuse d’avoir servi les intérêts allemands. Ullmann et le Comptoir se défendent mais rien n’y fait : ni sa naturalisation française qui remonte à 1884, ni sa rosette d’officier de la Légion d’Honneur remise par Rostand en 1909, ni l’engagement de son fils dans l’armée française contre l’Allemagne. Ullmann est forcé de démissionner de son poste de directeur en octobre 1915 puis de son poste d’administrateur en avril 1916. Le Comptoir publie un hommage dans sa Lettre des marchés du 29 octobre 1915 et lui décerne le titre de directeur honoraire. La requête en déchéance de la nationalité française présentée par un procureur en 1918 sera rejetée par le tribunal de la Seine en 1920.

Lettre de démission d’Emile Ullmann, et réponse d’Alexis Rostand, 1915
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