Jean Reyre, un bâtisseur d’empire (1899-1989)
Directeur général de la Banque de Paris et des Pays-Bas de 1948 à 1966, Jean Reyre fait de la banque d’affaires l’un des principaux rouages du renouveau industriel français et lui permet de retrouver sa dimension internationale
Dans les pas d’Horace Finaly
Né en 1899, Jean Reyre participe à la Grande Guerre. Diplômé de l’École des sciences politiques et licencié en droit, il entre à la Banque de Paris et des Pays-Bas en 1924, embauché par Horace Finaly, le grand patron de la banque dans l’entre-deux-guerres. Il gravira tous les échelons de la banque jusqu’à devenir directeur général en 1948, poste qu’il gardera près de 20 ans.
C’est à la suite de la tentative controversée de prise de contrôle du CIC par Paribas que Jean Reyre cède sa place à Jacques de Fouchier, qui reprend la tête de la Banque de Paris et des Pays-Bas, d’abord en tant que vice-président en 1966 puis en tant que président en 1969.
Faire de Paribas une banque industrielle et internationale
En tant que directeur général, Jean Reyre s’intéresse particulièrement à la reconstruction de l’industrie française. Devenue obsolète après 15 ans de crise et de guerre, cette industrie bénéficie de l’aide du Plan Marshall à la fin des années 1940. L’action de Paribas dans le renouveau se caractérise par des prises de participations et une politique dynamique de regroupements. Les secteurs privilégiés sont la sidérurgie (Usinor, Châtillon Commentry), la mécanique (constitution de Fives-Lille-Cail, renforcement de Stein et Roubaix), l’électronique (création de SEMA, accompagnement de Bull), l’énergie et le pétrole (création des sociétés de recherches et d’exploitation pétrolières, les REP, comme Finarep et Generep).
Dès les années 1950, Jean Reyre est à l’origine de la relance des exportations françaises de biens d’équipements et de réalisations industrielles à l’étranger. Parmi ces projets, on peut citer l’aciérie de Paz del Rio en Colombie ou celle de Chimbote au Pérou, Cosipa au Brésil, l’électricité (Cabora Bassa) au Mozambique ou la pétrochimie en Scandinavie.
Renouant avec les relations historiques de Paribas aux États-Unis, Jean Reyre ouvre des bureaux à New York sous le nom de Paribas Corporation (1960), à Londres (1964) puis à Luxembourg. Paribas retrouve alors, sur le plan international, une place comparable à celle qui avait été la sienne avant la Première Guerre mondiale.

Paz del Rio : un projet colossal
Le projet de construction d’une usine sidérurgique à Paz del Rio, en Colombie, est un projet énorme, souhaité par le gouvernement qui souhaite ainsi exploiter les gisements de fer de l’est du pays. Les défis sont multiples : financiers, organisationnels et logistiques.
Un banquier imaginatif
Jean Reyre se distingue par son imagination, son intuition, son sens pratique et son non-conformisme. Visionnaire, il est à l’origine, en 1948, du Comité bancaire européen qui réunit des banques d’origine suisse, belge, néerlandaise et italienne, et bénéficie de l’appui de Jean Monnet. C’est lui aussi qui imagine les formules nouvelles de crédit à l’exportation à moyen terme qui ont permis la réalisation du projet Paz del Rio. C’est enfin grâce à son impulsion que la Banque de Paris et des Pays-Bas prend des initiatives remarquées dans le domaine du cinéma, en accompagnant notamment toutes les augmentations de capital de la société Pathé et en finançant les laboratoires CTM et Technicolor.

« Le cinéma forme un tout homogène qui ne saurait être scindé ou cloisonné : Production et Exploitation avec leurs industries satellites (Studios, Laboratoires, Industries techniques, Distribution). »
Extrait d’une note sur l’importance de l’industrie cinématographique dans l’économie nationale – Archives historiques de BNP Paribas (11AH1209)