BNP Paribas en Chine : le tournant stratégique des années 1890 (2/5)

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Bien avant d’établir son réseau national, le Comptoir d’escompte de Paris (CEP) ouvre en 1860 une agence en Chine. Toutes les banques ancêtres du Groupe ont su, durant près d’un siècle et demi, composer avec les vicissitudes qui ont jalonné l’histoire contemporaine de l’empire du Milieu. Mais leur présence, sous diverses formes, démontre qu’elles ont toutes su mesurer l’énorme potentiel offert par le pays et construire des relations économiques et financières durables.

Vers un repli partiel du terrain chinois

L’instabilité politique et économique de la Chine amène le CNEP à revoir sa stratégie d’implantation en Asie dans son ensemble.

A partir de la fin de 1872, une violente crise secoue l’économie de l’Asie du Sud. La baisse du cours de l’argent-métal entrave les échanges avec l’Europe et dévalorise les profits transférables dans les pays à monnaie-or. Les résultats du réseau du CEP s’effondrent en 1873.

Lors de la décennie suivante, le Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP), lui-même sujet aux vicissitudes économiques et politiques que traverse le pays, impose une succession d’ouvertures et fermetures à ses agences. Victime de l’avilissement de l’argent-métal, perplexe des conséquences de la guerre sino-japonaise en 1894-1895, inquiet d’une crise qui dure depuis la fin 1889, le CNEP décide de se retirer de l’Extrême-Orient.

Guerre sino-japonaise de 1894-1895, 1894-1905, Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis
Guerre sino-japonaise de 1894-1895, 1894-1905, Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis
 

Ainsi, après la fermeture en 1893 de l’agence de Yokohama au Japon, la banque de l’Indochine reprend en 1894 l’agence du CNEP à Hong Kong, avec le transfert de tout son personnel dans son propre réseau ; les agences de Hankéou et de Shanghai sont cédées en 1895 à la banque russo-chinoise.

Ne plus être en première ligne…

Le départ «physique» du CNEP de Chine a été mûrement planifié et n’est en aucun cas définitif: en effet, le Comptoir continue d’exercer une forte influence économique et financière, mais ne se trouve plus en tête de ligne. C’est sur son initiative, et avec l’appui du Crédit industriel et commercial, que naît le 21 janvier 1875 la Banque de l’Indochine, les deux établissements se partageant la totalité du capital de cette nouvelle institution financière. La raison d’être de cette institution est d’émettre de la monnaie dans deux colonies françaises, la Cochinchine et les Indes françaises (Pondichéry). Ce privilège est concédé par l’Etat français pour 20 ans, et la banque est autorisée à faire des prêts et pratiquer l’escompte, exerçant une activité de banque d’émission et de banque commerciale.

… mais conserver le contrôle

Avec ses agences ouvertes à Hong Kong (1894) et Shanghai (1899), la Banque de l’Indochine, « fille du Comptoir d’escompte de Paris », lui permet de conserver un rôle prépondérant en Chine, devenant une des grandes places de change de la banque. Mais elle devient aussi un point de passage obligé pour les importations de riz d’Indochine et de Sima, ainsi que des filés de coton venus d’Europe et d‘Inde. En retour, une activité d’exportation des soies de Chine et du thé vers l’Europe s’intensifie.

Dans les années 1890, au moment où le CNEP se retire, la Banque de l’Indochine étend son réseau. Cette période marque le signal d’un vaste redéploiement du réseau international du Comptoir, qui en l’espace de 15 ans abandonne la Chine.


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