BNP Paribas et l’ouverture de la Chine (1/3) : renouer avec la Chine

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Façade d'une agence de la BNP à Hong Kong en 1994 - Archives historiques BNP Paribas - 4Fi1157

Façade d'une agence de la BNP à Hong Kong en 1994 - Archives historiques BNP Paribas - Cote 4Fi1157

En 1978, la République populaire de Chine entre dans une nouvelle ère. Après avoir tourné la page de la Révolution culturelle, le nouveau gouvernement accorde la priorité au développement économique et se tourne vers l’étranger afin d’y acquérir des technologies. La BNP et Paribas, banques ancêtres du groupe BNP Paribas, en sont bien conscientes : en Chine, l’heure est à la réforme et à l’ouverture. Désireuses de contribuer à la modernisation de ce pays, les banques s’attachent dès lors à renouer avec l’Empire du milieu…

La Chine en mutation

L’ouverture sur l’extérieur

À la fin des années 1970, la Chine populaire connaît de grands bouleversements. Avec la chute de la bande des Quatre, Deng Xiaoping revient à la tête des affaires chinoises.

En 1978, le nouveau gouvernement annonce un tournant pragmatique et accorde la priorité au programme des Quatre modernisations.

Bureaux de la BNP à Hong Kong en 1994 - Archives historiques BNP Paribas
Bureaux de la BNP à Hong Kong en 1994 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1157-4

Dans ce cadre, les Chinois ont été amenés à redéfinir leur politique intérieure aussi bien qu’extérieure. Désormais, c’est vers l’étranger qu’ils se tourneront pour obtenir les technologies nécessaires au développement de leur économie. L’heure est à la réforme et à l’ouverture.

De nouvelles opportunités

Bureaux de la BNP à Hong Kong en 1994 - Archives historiques BNP Paribas
Bureaux de la BNP à Hong Kong en 1994 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1157-4

En Occident, l’annonce du grand bond de la Chine vers l’extérieur suscite l’enthousiasme des milieux d’affaires. En effet, l’aspiration qu’exprime le géant asiatique à se moderniser éveille l’espoir que s’ouvre un marché réputé impénétrable.

Les Français aussi bien que leurs partenaires européens, américains et japonais n’ont pas manqué de tenir compte de cette nouvelle donne.

Pour les entreprises en quête de nouveaux débouchés à l’exportation, la Chine est une opportunité autant qu’un défi : le plus grand marché du monde est aussi l’un des plus méconnus et concurrentiels. À cet égard, la BNP et Paribas pouvaient s’appuyer sur leur familiarité avec la Chine, un héritage légué par l’ancienneté de leurs relations avec ce pays.

Prendre appui sur l’histoire

La présence ancienne du CNEP, de Paribas et de Fortis en Chine

En effet, le Comptoir national d’escompte de Paris, banque ancêtre du groupe, avait agi en pionnier avec l’ouverture d’une agence à Shanghai aussi tôt qu’en 1860.

De leur côté, Paribas et Fortis ont joué un rôle phare dans le financement des grands travaux d’infrastructure entrepris durant les dernières années de la Chine impériale.

Agence du CNEP à Shanghai en 1861 - Archives historiques BNP Paribas
Agence du CNEP à Shanghai en 1861 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 9Fi71

Le retour en Chine

Cependant, la situation politique chinoise devint de plus en plus instable à partir des années 1920, avant que l’entrée dans la Guerre froide n’oblige le groupe à quitter le pays pour se replier en territoire britannique à Hong Kong. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que la BNP et Paribas puissent reprendre pied sur le territoire de la République populaire.

Dès lors, les banques déploient d’importantes ressources financières et humaines afin d’offrir à leurs partenaires les moyens de mener à bien leurs projets. Elles ne tardent pas à compter parmi les principaux acteurs impliqués dans le développement du commerce de la Chine avec l’étranger, participant ainsi pleinement à l’envol économique du pays le plus peuplé du monde.

Trouver sa place sur le sol chinois

Au lendemain de l’ouverture du pays de Confucius, les deux banques ancêtres de BNP Paribas sont d’abord confrontées à l’enjeu du renforcement de leur présence sur le terrain. C’est ainsi qu’elles entreprennent d’installer plusieurs bureaux dont la fonction est de les représenter auprès des autorités locales, d’assurer le suivi des événements politiques et économiques, et de servir de structure d’accueil aux clients se rendant sur place.

L’arrivée de la BNP…

La BNP, pour laquelle l’installation en Chine est la grande affaire de la fin de la décennie, devance toutes les autres banques européennes. Ses présidents font preuve d’un intérêt sensible pour la République populaire : Pierre Ledoux est ainsi le premier banquier européen de haut niveau à se rendre à Pékin.

Afin de soutenir l’effort des industriels en direction de la Chine, la banque inaugure un premier bureau de représentation à Hong Kong en 1976, puis à Pékin en 1980. Cette première percée sera suivie par l’installation de nouveaux bureaux à Canton, Shanghai et Shenzhen.

Ainsi, au milieu des années 1980, la BNP compte déjà près d’une vingtaine de personnes présentes en Chine, supervisées depuis Pékin en relation avec les bureaux « Chine » dont disposent la BNP Paris, la BNP Hong Kong et la BNP Singapour. Le dispositif est encore renforcé au tournant des années 1990 avec la création de succursales et de nouveaux bureaux.

Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 - Archives historiques BNP Paribas
Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1144-1

… et de Paribas

Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 - Archives historiques BNP Paribas
Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1144-3

Paribas, elle aussi, est demeurée fidèle à sa tradition internationale. Ses relations avec la République populaire sont anciennes : les contacts ont été renoués dès 1952. Les dirigeants de la banque n’ont pas hésité à faire le pari du pays-continent : en 1982, c’est à la Chine que Jean-Yves Haberer consacre son premier voyage à l’étranger.

C’est ainsi que Paribas inaugure son premier bureau de représentation à Pékin en 1981. Dans les années qui suivent, la banque oriente son action vers les nouveaux pôles du développement chinois. Elle s’installe donc à Shanghai et Canton, puis devient la première banque occidentale présente à Tianjin et Dalian.

Sur place, l’effectif mobilisé par Paribas au milieu de la décennie était d’une douzaine de personnes. La banque s’est également dotée d’une succursale à Hong Kong, ainsi que de la banque d’investissement Paribas Asia Ltd et d’un bureau régional d’action commerciale.

La banque, un intermédiaire dans le dialogue avec les Chinois

Les « années clandestines »

Ceux qui ont participé aux premiers temps de cette aventure en attestent : la Chine d’hier ne ressemblait en rien à celle d’aujourd’hui. La période qui vient de s’ouvrir est celle des « années clandestines » que Yang Guang Zhi, alors délégué-adjoint au bureau de Paribas à Pékin, évoque non sans nostalgie. Le représentant de la banque dans cette ville, Alban Yung, raconte que les débuts ont été sportifs : « Nous dormions et travaillions dans une simple chambre d’hôtel avec un service qui n’avait de service que le nom, un téléphone qui ne marchait pas et le reste à l’avenant. »

Les conditions si particulières de l’arrivée de la BNP et de Paribas en Chine n’ont cependant pas empêché aux deux banques de frayer la voie à la venue des entreprises dans le pays. Fortes de leur présence sur le terrain, la BNP et Paribas deviennent rapidement des interlocuteurs privilégiés du dialogue franco-chinois. Parfois, les banques sont sollicitées pour des raisons pouvant frôler le registre de l’anecdote. En effet, peu de sociétés étrangères possédaient alors des équipements tels que des photocopieuses ou fax, et nombreuses étaient celles qui avaient recours à leur banquier, ne serait-ce que pour régler leurs propres affaires, qu’il s’agisse de réserver une chambre d’hôtel ou de louer un hélicoptère.

Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 - Archives historiques BNP Paribas
Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1144-4

« Un bureau de tourisme commercial et technique »

Les services rendus n’en ont pas moins été un excellent moyen de consolider les liens entre les banques et leurs clients ainsi que pour approcher les autorités chinoises de façon concrète.

L’activité du bureau de la BNP à l’Hôtel de Pékin en donne la mesure. Dans ce « bureau de tourisme commercial et technique », les visites sont un défilé constant, auquel participent plusieurs ministres et industriels français de haut niveau.

La BNP est à leur disposition pour leurs arrangements de dernière minute, qu’il s’agisse de payer leur hôtel, de les renseigner sur la Chine ou de les introduire auprès de partenaires chinois. La banque est également très sollicitée par les Chinois désireux de connaître les entreprises françaises.

Locaux de la BNP à Hong Kong en 1994 - Archives historiques BNP Paribas
Locaux de la BNP à Hong Kong en 1994 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1157-13

Les bureaux de Paribas jouent un rôle tout à fait similaire : Alban Yung, représentant de la banque en Chine, gagne le surnom « d’homme-orchestre de Pékin ». Sur place, une équipe constituée de personnes pékinoises, shanghaïennes ou encore cantonaises permet à Paribas de se distinguer des autres banques qui préféraient solliciter des cadres français ou hongkongais.

Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 - Archives historiques BNP Paribas
Locaux de la BNP à Shenzhen en 1986 – Archives historiques BNP Paribas – Cote 4Fi1144-9

Incontestablement, cet ancrage local était un atout pour l’action de la banque en Chine, et nombre d’entreprises avaient pris l’habitude de s’appuyer sur le réseau de Paribas, telles que Bull, Airbus, ou encore la Compagnie générale d’électricité.

Paribas et la BNP s’illustrent également dans l’organisation régulière de missions chinoises en France, et françaises en Chine, offrant par-là à leurs partenaires l’occasion d’envisager concrètement les différentes possibilités de coopération.

C’est ce dont ont fait part les délégués de la mairie de Tianjin invités par Paribas à visiter l’usine BSN de Bordeaux. Impressionnés par les équipements et procédés agronomiques qu’ils avaient vus, les Chinois garantissaient l’avenir des relations commerciales dans ce domaine. Il ne restait plus qu’à rendre la coopération effective…

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